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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 08:01

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Viol d'une âme

 

 

 

 

 

Un jour, dans la vie d’une femme, une ombre naît. On ne sait d’où, mais elle naît. On ne sait comment, mais elle naît. On ne sait pourquoi, mais elle naît.

Cette naissance, apparemment insignifiante, voire même revalorisante, pour autant qu’elle fût détectée, évolue au fur et à mesure que le temps passe.

Elle s’adapte à la vie d’une femme et la suit où qu’elle aille, dans le silence le plus total.

La féminité est un charme très dangereux.

Toute femme est dangereuse pour elle-même. A chacun de ses pas, des ses faits et gestes, elle façonne elle-même, sans s'en rendre compte, son propre piège, car l’ombre est là, elle guette, elle attend. Jamais une ombre n’est pressée. Elle suit, elle observe, elle se modèle, elle attend.

La femme devient femme, elle s’affine, s’aiguise et croit ainsi se protéger.

De quoi ?

Elle ne le sait pas. L’ombre pour elle est invisible, même si sa perception féminine est très développée, elle n’en verra qu’un pâle reflet.

Pourtant, elle est là. Elle épie, elle s’adapte, elle se modèle, elle attend.

La femme prend le dessus sur ses faiblesses, du moins elle le croit. Elle se croit aussi invincible, mais elle s’arme.

En vue de quel combat ?

Elle ne le sait pas.

L’ombre est toujours là, elle se déploie, elle s’agrandit, mais elle ne se presse pas, elle a le temps, elle attend.

Un jour, un jour comme les autres, mais un jour, ce jour-là, la femme se sent prête. Prête d’être une femme. L’enfant s’en est allé, c’est la femme qui prend toute la place. Une femme fière de l’être, une femme forte, une vraie femme qui se prend pour une femme.

L’ombre se rapproche, elle l’entoure de ses bras invisibles, elle écoute, elle regarde, elle sent, elle attend.

Soudain, c’est la confiance qui prend possession de la femme, entière et pleine confiance. En elle, en le monde entier.

La confiance dans toute sa splendeur, sa grandeur, mais aussi son malheur.

C’est à ce moment-là, à cet instant précis que l’ombre choisit de s’abattre comme un couperet.

Sournoise et lucide, d’une apparence si doucereuse et si fausse aussi qu’elle met à jour toute une image d’horreur. Géante, violente, méchante et cruelle. L’ombre frappe dans un silence terrifiant. Elle frappe encore et encore.                                                     

La femme panique, elle y perd ses origines, ne comprend plus rien de la vie, de l’amour, de la haine, de la mort. L’ombre l’a prise aussi vite que la foudre s’abat sur un arbre. A peine le temps de le dire. De dire que c’est affreux.

La femme, paralysée, terrorisée, hurle au fond d’elle-même, mais le hurlement se noie quelque part, toujours au fond d’elle-même.

L’ombre insiste, s’acharne, ne la lâche plus, c’est horrible. C’est pire que la mort. C’est la mort de l’âme. La mort dans l’âme.

La femme essaie de réagir, mais c’est trop soudain, c’est trop inattendu, c’est trop incompréhensible, c’est trop incohérent et surtout trop effrayant.

Elle ne réagit pas. Elle ne peut réagir. De toute manière c’est trop tard.

C’est déjà trop tard.

Quel gâchis.

L’ombre a gagné, elle a réussi, elle est fière, elle est contente, elle a gagné.

C’est la fin de la femme. L’ombre s’en va. La femme reste seule devant ce qui reste de ce qu’elle croyait être une femme.

Elle hurle toujours au fond d’elle-même.

C’est la fin. Tout est à recommencer.

Affaiblie, pantelante, elle se laisse glisser vers le vide, vers le trou noir.

Puis elle réagit. Puisqu’elle n’a que le choix de recommencer ou de sombrer dans le noir, elle choisit de recommencer. La femme est forte. Elle recommence tout depuis le début, en rectifiant, ou en croyant rectifier.

Vient ensuite le tour de l’angoisse, de la rage, de la haine, de la mort. La mort de l’âme prise dans une angoisse permanente de mourir  de nouveau de la même manière.

Tout s’est envolé : la confiance, la force, la féminité, la fierté, tout. Il ne reste rien, rien que le dégoût et le dépit.

Pourtant, elle recommence tout de même. C’est long, c’est difficile et toujours cette angoisse étouffante.

De la femme sortie de l’enfance, renaît l’enfant en vue de redevenir une femme. Une femme sans faille. C’est la genèse, mais cette fois, elle pense savoir de quelles armes elle doit s’armer. De la force qu’elle imaginait être et avoir, ne reste que la faiblesse. La faiblesse d’être une femme. D’être une femme faible, sans réaction. C’est pire qu’un suicide.

Petit à petit, le travail au sein de cette femme reprend. Les angoisses deviennent rares ou presque rares. C’est encore long, encore très difficile, mais elle y arrive. La faiblesse d’être une femme est toujours là, mais s’atténue, du moins elle en donne l’apparence.

La force de croire à sa nouvelle force se renforce. Elle grandit de nouveau, elle renaît. Elle s’extirpe du noir. Elle sort du noir.

Ce fut long, ce fut difficile, mais elle sent qu’elle y est arrivée, tout en sachant aussi que ce qu’elle a laissé lui voler ne reviendra jamais. Et c’est la honte, la tristesse, la colère, la rage.

Toutefois elle continue, elle avance, elle progresse, elle se hisse à son rang de femme. Le jour est proche.

Et un beau jour, ce jour-là arrive.

Un jour, un jour comme les autres, mais un jour, ce jour-là, la femme tourne la page. Le livre existe, mais la page est tournée. C’est une page blanche qui commence. Elle croit pouvoir retrouver la confiance qui un jour aussi, un peu plus lointain, reviendra.

L’ombre, silencieuse, avide et cruelle se rapproche.

Elle a pris une autre forme, toujours invisible, mais elle est là.

Elle guette, elle attend.

Elle ne se presse pas, elle a le temps.

Elle attend...

 

 

                                                                                                       Christie Jane (1994)

 

 


 Texte publié dans le livre de Fernande Amblard : Panser l’impensable

aux Editions Jouvence - 2003

 

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16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 08:27

Vous vous en doutez certainement, ce texte a été écrit un jour de migraine... (Le titre "Tribulations d'une migraineuse" existant déjà je l'ai changé)

 

 

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Migraine...

 


 

 

Ce matin, avant même d’ouvrir les yeux, je sais qu’elle est là. Tambourinant à ma tempe, la migraine est revenue. Elle s’installe insidieusement pendant mon sommeil pour avoir la joie de me réveiller en fanfare.

 

Je n’ai pas dit mon dernier mot ! Je vais la combattre de toutes mes forces.

Je me lève, vais rapidement au petit coin soulager ma vessie, mettre sous ma langue trois granules homéopathiques puis fonce dans la cuisine prendre les doses de chimie sensées faire passer l’envie de s’incruster à l’intruse pour la journée voire pour les jours à venir.

Je me remets au lit moitié assise, calée contre les coussins ; impossible de m’allonger à nouveau, sinon la douleur empire.

 

J’essaie une technique que m’a apprise la sophrologue que j’ai rencontrée dernièrement et qui consiste à visualiser ma migraine en une grosse boule noire, ce que j’arrive à faire sans mal d’ailleurs, puis un soleil brûlant orange qui irradie sa chaleur et sa bienfaisance dans tout mon corps (j’ai écrit cœur…) en descendant comme une vague orange. Ce soleil doit brûler, puis consumer cette grosse tache noire et vilaine qui me cause tant de soucis. Le hic c’est que la boule noire ne veut pas partir : à chaque fois que je vois les bords disparaître il reste toujours un gros noyau. Lorsqu’enfin celui-ci disparaît, la migraine est toujours là !

 

Mon mari s’en va à son travail et je lui demande de m’apporter mon livre de Dien Cham qui se trouve à la salle de bain. Un petit trajet que je suis soulagée de ne pas devoir accomplir. Il s’exécute, me souhaite malgré tout une bonne journée et part à son travail. On est mercredi, je n’ai qu’un rendez-vous chez la kiné dans la matinée et mon fils à emmener à la piscine en fin de journée. Ça va aller, je devrais m’en sortir.

Le Dien Cham est une technique de réflexologie faciale vietnamienne très intéressante, mais comme je ne l’utilise qu’en cas d’urgence je ne la trouve malheureusement pas assez efficace. De plus, toute seule, je ne suis pas sûre de stimuler correctement les bons endroits et de la bonne manière.

 

Entre-temps mon fils s’est douché, habillé, il a dix ans, cela aide, et est venu me dire bonjour. Je lui fais un massage détente sur le visage et comme il me semble que ma migraine me laisse me lever nous allons prendre le petit déjeuner. Je me douche ensuite longuement en insistant sur le visage et la tête, eh oui on ne sait jamais il est toujours possible de croire au miracle même après trente-trois années de migraines ! J’ai trente-neuf ans. Bien sûr tout cela prend énormément de temps et plus encore du fait de mes gestes fortement ralentis pour ne pas avoir à subir les assauts de tambour de Madame Migraine.

 

Tout le monde compatit à mon malheur, moi la première, mais cela ne sert pas à grand chose ! Je reprends les granules homéopathiques, toutes les heures. Je pleure  d’abord un peu comme à chaque fois. Cela ne fait aucun bien à ma tête mais c’est plus fort que moi, un sentiment d’impuissance, de découragement et de colère m’envahit et me transforme ensuite en fontaine. Mes forces s’épuisent, je réalise que j’ai perdu le combat…

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                        Christie Jane (Novembre 2009)

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