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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 09:41

Le sujet de cet atelier était amusant. Il s'agissait d'inclure dans notre texte des objets que nous découvrions au fur et à mesure du déroulement de notre histoire. Le premier objet : un éventail géant en bambou avec deux paons, des lotus violine, puis : une tasse remplie de pailles et en dernier : un collier tour de cou en argent assez spécial. De plus il fallait introduire dans le texte : une phrase exclamative, une interrogative, une phrase où l'on s'adresse au lecteur, une autre avec reprise et atténuation de ce qu'on vient de dire (exemple : Ils étaient tous là. Tous, non pas tout à fait.) Ce qui a donné : La Collectionneuse

 

 

 

 

 

 

 

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La Collectionneuse

 

 

 

 

 

 

En passant devant la vitrine de cet antiquaire, je suis stoppée net dans mon élan au risque de faire un carambolage sur le trottoir. Impossible de détacher mes yeux de cet éventail ! C’est celui que je cherchais inconsciemment depuis toujours car jamais je n’avais eu d’émerveillement aussi soudain qu’immédiat devant un tel objet. On peut presque dire que je suis collectionneuse d’articles de décoration murale car j’aime à confectionner une paroi originale. Il n’y a pas assez de cloisons chez moi tant j’ai des idées et des projets, à tel point que je me suis mise à orner les murs de mon palier au grand plaisir de mes voisins qui me font sans cesse des compliments, que, bien sûr, j’entretiens en leur changeant le décor régulièrement tels des tableaux que l’on déplace à son gré.

Toujours immobile sur ce trottoir, je me décide à entrer dans la boutique pour connaître le prix de l’objet du désir. Je l’observe encore un peu pour cette fois en estimer la valeur selon son état général. Très grand plus de quatre-vingt centimètres d’envergure, je pense, ou peut-être soixante, j’ai du mal à évaluer à l’œil les dimensions, certainement en provenance du Japon  en raison de son bois, du bambou, mais surtout grâce à ces deux jolis paons se faisant face, entourés de fleurs de lotus le tout sur un fond violine extraordinaire ! Ce violine donne un côté mystique à l’ensemble.


En entrant, je suis immédiatement choquée en apercevant sur le comptoir une tasse en terre cuite remplie de pailles. Que ça jure dans le décor ! Quelle faute de goût ! Et là, vous, le lecteur, êtes complètement d’accord avec moi j’en suis persuadée. Imaginez : des meubles antiques de belle facture à gauche et à droite d’un tapis rouge, de superbes tapisseries au mur, des lampes en cuivre disséminées un peu partout. Même la caisse enregistreuse est un ancien modèle, tout est le reflet d’un magasin d’antiquités tel qu’on se l’imagine, sauf cet horrible amas de pailles, plastique moderne et polluant, objet incongru. Passe encore pour la tasse on l’aurait volontiers excusée si elle n’avait été affublée d’une si mauvaise compagnie.


Juste à côté du comptoir, une vitrine remplie de bijoux d’autrefois en argent, certains avec des pierres précieuses ou semi-précieuses, attire mon regard. En plus de la décoration murale, j’ai un faible pour les joyaux ! Eh oui, à chacun ses vices ! Un collier en particulier me séduit d’une façon tout aussi indécente que l’éventail. Il est mystérieux. En argent, façonné à la main probablement, un tour de cou dont je ne vois pas le mécanisme d’ouverture tant il est bien caché. Ses motifs m’intriguent. Des bras et des jambes ; mais où sont les têtes ? Les troncs ? Une image abstraite ou vaudou ? Allez savoir ! Il me plaît c’est l’essentiel ! Mais attention, car certains bijoux portent en eux la mémoire de leurs propriétaires précédents.


L’antiquaire pousse un rideau qui sépare l’arrière boutique. Elle tient à la main un grand verre de jus de fruit avec … une paille plantée dedans ! Je commence à mieux comprendre pourquoi cet horrible objet trône sur le comptoir.

-       Bonjour Madame, excusez-moi si je vous ai fait attendre, je suis allée faire le plein de jus d’orange et je ne vous ai pas entendue entrer.

-       C’est pas grave, j’ai eu le temps d’admirer une partie de vos merveilles. Vous avez une très jolie boutique bien achalandée, Madame. Tout en lui disant cela je fixe avec insistance la tasse remplie de pailles.

En suivant mon regard, l’antiquaire, rit soudain et me lance :

-       Oui, d’un goût douteux, les pailles, n’est-ce pas ? C’est toujours ce qu’on me dit. Mais elles amusent les enfants qui s’ennuient rapidement ici et je ne peux plus m’en passer pour boire !

Je ris aussi d’avoir réagit comme tout le monde et finalement qu’elle importance ? Cette femme est très sympathique et naturelle.

J’ose alors lui demander :

-       Dites-moi, vous avez dans votre vitrine un magnifique éventail, celui avec les deux paons, quel est son prix ?

-       Il est trois cents euros. Provenance du Japon, d’ancienne facture, je dirais avant les années 1940. Sa couleur est très rare pour l’époque. Il est en parfait état, comme neuf. Je vais vous le sortir de la vitrine pour que vous puissiez le contempler à votre guise.

-       Merci, volontiers. Le prix est correct mais c’est une dépense que je n’avais pas prévue.

-       Et si un autre objet vous plaît dans ma boutique je peux éventuellement vous baisser un peu le prix.

Elle a dû voir ma mine pour me faire cette proposition ou alors elle fait cela à tous ses clients pour qu’ils repartent avec plusieurs objets.

-       Alors dites-moi aussi le prix de ce collier tour de cou, là dans la vitrine. Celui en argent avec les bras et les jambes.

-       Ah ! Ah ! Madame a bon goût, je vois ! Il vaut au moins cinq cents euros mais à ce prix-là j’ai bien peur de ne pas le vendre.  Si vous prenez les deux articles je vous les fais pour six cents euros au lieu de huit cents. Qu’en pensez-vous ?

-       Ouh ! Bon, allons, soyons folles ! J’accepte ! Ça fait du bien parfois de faire des folies et tant pis pour les économies !

-       Parfait alors je vous emballe tout cela. Le tour de cou vient d’Amazonie, je ne connais pas très bien son parcours mais son propriétaire avait l’air ravi de s’en séparer. J’espère qu’il n’est pas maudit !

-       Je m’en fiche car j’ai l’intention de le mettre sur ma porte d’entrée, je trouve qu’il sera parfait à cet endroit !

La dame s’arrête un instant d’empaqueter pour me regarder et voir si je plaisante. Elle constate que non et se remet à l’ouvrage.

-       C’est original ! Je n’y aurais pas pensé.


Je sais exactement comment je vais disposer mes deux nouvelles acquisitions. L’éventail sur le mur de ma chambre d’où je pourrai le contempler de tout mon soûl dès mon réveil et le collier sur la porte d’entrée, côté intérieur en raison de sa valeur. Je pourrai ainsi le voir lorsque je m’apprêterai à sortir.

De retour chez moi le soir, je déballe et admire mes précieux objets. Que ne vois-je pas au fond du sac ? Une bonne dizaine de pailles cerclées par la carte de visite de la commerçante ! Ah ! Je ne risque pas de l’oublier ! La coquine !

 

 

 

 

 

 

                                                                Christie Jane (Décembre 2010)

 

 

 

 

 


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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 08:50
La Maison Hantée

Le thème de cet atelier était : Maison maudite, hantée ou qu'on imagine hantée, maison qui porte malheur, bruits dans une maison, etc...

 

 

 

La Maison Hantée

 

 

 

  

Mon ami m’a quittée le mois précédent, je dois préparer un examen et j’ai besoin de changer totalement de vie ; c’est les explications données à la régie immobilière que j’ai contactée pour me trouver un logement tranquille entouré de verdure. La personne de contact, Annie Perrey m’a aussitôt donné rendez-vous devant une villa perdue au fond des bois près d’un ruisseau. Aucune autre habitation à des kilomètres, c’est justement l’environnement dont j’ai besoin pour me couper du monde afin de passer ce diplôme. L’école par correspondance prévoit un à deux ans, je me suis fixée neuf mois pour obtenir ce sésame qui m’ouvrira les portes reconnaissantes de mon métier : comptable. Profession que je pratique déjà depuis des années sans en avoir les honneurs. 

 

Je me suis sentie attirée par cette maison dès que je l’ai aperçue. Un vrai coup de cœur. Une façade comme je les aime, tout en vieilles pierres, terrain de jeu d’une gigantesque glycine en fleurs et odorante à souhait. On entend seulement le bourdonnement des abeilles, des bourdons et le ruissellement de la rivière. Reposant.

En entrant dans la demeure j’ai le sentiment étonnant qu’elle est habitée. On y sent comme un subtil parfum masculin. Elle est meublée car le précédent locataire est parti sans laisser d’adresse, selon Annie Perrey, et personne ne s’est manifesté depuis pour récupérer ses biens. Un célibataire visiblement. Soigneux, car à part la poussière qui sévit en couche épaisse, aucun désordre n’est visible. 

En visitant chaque pièce, j’ai la nette impression que quelqu’un d’autre que l’agent immobilier me la présente avant d’entrer. C’est difficile d’expliquer pourquoi mais je sais à quoi m’attendre devant chaque porte close. Quelle étrange sensation ! Cela ne m’est jamais arrivé. 

 

Le logis, de construction ancienne en pierres apparentes, sans fioriture, est relativement petit mais fonctionnel. Il comprend une chambre, un bureau, une salle de bain et un salon cuisine ouverte, c’est exactement ce que je recherche pour étudier tranquillement, sans tentation.

J’ai immédiatement pris la décision d’emménager le plus vite possible, ce qui m’a été accordé par Annie Perrey visiblement soulagée de ne plus devoir vanter les mérites de cet endroit. Trop heureuse j’ai balayé mes quelques doutes. 

 

Cette maison et la décision que j’ai prise de passer cet examen de comptable vont contribuer à tourner la page et tirer un trait sur le passé.

Le déménagement s’est très vite déroulé. Mon ex compagnon souhaitait rester dans notre appartement et comme il avait acheté tous les meubles, j’ai empaqueté mes petites affaires, ce qui a représenté tout de même une dizaine de cartons de bonne taille et pris possession de ma nouvelle habitation.

Paysage idyllique que cette forêt pour quelqu’un qui aime la nature et n’a pas peur de la solitude. 

 

Le premier soir, lorsque j’ai fini de nettoyer toutes les pièces je me suis jetée sur le canapé, harassée. Derrière mon oreille, un chuchotement presque un souffle. Il m’a semblé comprendre : 

 

- Bienvenue chez moi, ma bonne dame.

 

N’ayant rien mangé depuis le matin j’ai pensé que ce n’était que le bourdonnement de mon sang tapant dans ma tête. J’ai soudain réalisé à quel point j’avais soif et faim après ce labeur. Je suis donc allée à la cuisine me préparer un grand verre de sirop et un sandwich pour parer à l’urgence. En ouvrant la bouche pour enfourner ma première bouchée, cette fois-ci j’ai nettement entendu un :

 

- Bon appétit ! sans réfléchir j’ai répondu :

- Merci.

 

Aussitôt je me suis dit : « Tu déconnes ma fille ! »

 

L’incident suivant m’a bien plus impressionnée. J’ai ouvert les draps tout propres pour enfin me glisser dans mon lit, éreintée. Une voix d’homme haute et intelligible cette fois m’a clairement souhaité :

 

- Bonne nuit.

 

Je me suis retournée d’un bond, ai regardé sous le lit, dans le placard, mais il a fallu  que je me rende à l’évidence : quelqu’un d’invisible, un homme, cohabite avec moi. Je recherchais de la solitude, j’en voulais à mon copain de m’avoir plaquée pour une autre et, en plus, j’allais vivre avec un mystère, peut-être un fantôme et bizarrement cela me rendait folle de joie. J’avais lu une histoire sur un esprit féminin qui avait investi le lieu de vie d’un jeune homme, une très belle histoire d’amour d’ailleurs. Je n’ai donc même pas imaginé que je perdais peut-être la raison, non j’ai pensé qu’enfin une fois dans ma vie j’aurais un interlocuteur passif, enfin j’ai espéré qu’il soit passif.

Je me suis assise au bord du lit et je lui ai demandé calmement qui il était. Il a mis du temps avant de me répondre :

 

- L’agence immobilière vous a menti, je ne suis pas parti, en fait, j’habite toujours ici, c’est chez moi et je crois que je ne suis pas mort. Ce n’est pas parce que je ne vois plus mon corps que je ne vis plus.

- En tous cas moi je vous entends bien mais effectivement je ne vous vois pas.

- Pensez-vous que nous pourrons cohabiter ensemble ? Je ne peux pas vous chasser de ma maison et d’ailleurs je n’en ai pas envie, je me sens seul et vous avez l’air sympathique, triste mais sympa. Cela m’ennuierait que vous ne vouliez pas que je reste. Pour être franc je ne saurais pas où aller. J’avoue que j’ai fait peur à plusieurs personnes qui sont venues visiter la maison mais avec vous je me sens bien.

- Ecoutez, nous sommes adultes, si nous édictons quelques règles simples, je pense que nous pourrions vivre sans trop empiéter dans la vie de l’autre. J’aime beaucoup votre demeure, je m’y sens à l’aise comme si j’avais toujours vécu ici.

 

Je me suis étonnée de mon self-control dans une telle situation, mais je me suis sentie fière aussi de pouvoir passer un moment pareil avec un être si, si, bizarre. Le futur ne me fait pas peur, au contraire, je suis sereine et je sais  que je ne serai pas totalement seule même si au début cette idée me séduisait.

 

- C’est comment votre prénom ? je lui ai demandé.

- Claude. Et vous ?

- Christine. Bonne nuit Claude.

- Bonne nuit Christine, à demain.

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                         Christie Jane (Mai 2007)

 

 

 

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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 05:00

Le thème de cet atelier était bien particulier. Nous devions choisir un des tableaux qui seraient exposés un mois plus tard. Ecrire un texte inspiré par l'âme du tableau.

J'ai choisi l'oeuvre de Karin Loubet Weber "Le Store".

 

Avec son aimable autorisation voici sa création accompagné de mon texte. Tableau-Le-Store-2-copie-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau Le Store

 

 

 

 

 

Sur le fil de l'espoir

 

 

 

 

Son visage m’habite. Dès que je suis seul quelque part, je sens son regard, bienveillant, sur moi. Je la vois bien réelle. Je suis obsédé, fasciné, par ses yeux turquoise, grands ouverts. Il me semble qu’elle fixe un point au-delà de mon épaule avec une expression candide, sereine. Elle me rassure. Je m’en veux tellement. Je me sens si impuissant. La deviner ainsi me donne l’illusion qu’elle me permet de ne plus souffrir. Je l’aime, si j’ai mal, c’est justement pour cette raison. Je lui suis infiniment reconnaissant de venir à moi ainsi : calme, fraîche. Elle m’apaise. Je ne pense pas que je supporterais qu’elle se matérialise d’humeur triste ou torturée.

Le téléphone me tire de mes pensées. Ma secrétaire annonce mon prochain rendez-vous. Mon rêve reprendra ce soir, ma toute belle, je te laisse pour remplir mes devoirs de chef d’entreprise.

Le soir, quand je retrouve mon immense duplex tout en haut d’une imposante tour de la ville, je me surprends à la trouver devant moi, sans la chercher, elle vient toute seule. Et je me calme. Je souris, enfin ! Il n’y a qu’elle qui me fasse cet effet-là. Dans son visage comme effacé par un voile ocre, ses yeux ressortent si pleinement qu’il est inutile de scruter autre chose sur ce minois que je connais par cœur. Elle est magnifique, resplendissante, c’est mon cadeau. Je passe mon temps à l’admirer, je n’ai besoin de rien, ni de personne d’autre. Je me dis que, si un jour, cette apparition ne venait plus à moi, je n’aurais plus qu’à mourir. Ce serait la fin de mon monde, de ma vie. Je n’ai que cette compagnie pour ressentir du bien-être, de la joie. Je l’attends, je la chéris, je me noie dans ses yeux. Elle partage mon amour, de cela je n’en ai jamais douté. Cela se sent mais ne s’explique pas. Elle s’impose à moi, comme dans un tableau, toujours pareille, yeux fluides, intenses, tels deux aigues-marines.

A nouveau, je suis interrompu dans ma contemplation muette et passive, cette fois par la sonnette de la porte d’entrée. C’est l’inspecteur chargé de l’affaire. Il a l’air emprunté. Après les formalités d’usage, je le fais asseoir dans le salon. Il tente de m’expliquer, en prenant des gants, des gants de velours, qu’il est obligé d’interrompre les recherches, que, voyez-vous, cela fait déjà dix ans… que ses supérieurs ont besoin de lui sur d’autres dossiers plus importants, plus urgents… qu’aucune nouvelle piste n’a surgi, pas d’indice, pas de témoin, rien.

Je l’entends à peine : J’ai les oreilles qui bourdonnent de plus en plus fort, la vue qui se brouille. Mon bébé, ma fille chérie ! Ce n’est pas possible, on ne peut pas t’abandonner, pas maintenant ! Dix ans que tu as disparu, que tu t’es envolée, volatilisée, évaporée. On ne peut pas laisser tomber l’enquête, c’est inconcevable, où es-tu ? Vais-je encore t’imaginer dans ma tête après ce soir ou est-ce aussi la fin de tes apparitions ? Vas-tu disparaître une seconde fois et pour toujours ?

 

 


Forum de Meyrin, Christie Jane, le samedi 9 mai 2009

Exposition Artistes Meyrinois du 13 au 20 juin 2009

Galeries du Théâtre - Forum Meyrin

D’après le tableau de Karin Loubet Weber « Le Store »



 

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                                                                       Christie Jane (Mai 2009)

 

 


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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 13:22

Sujet : Personnage pas toujours égal. Attitude différente au travail ou à la maison. Méchant pas toujours méchant, etc...

(Je précise que cette histoire est totalement inventée. Les personnages sont fictifs et imaginaires, toute ressemblance avec des individus existants serait pure coïncidence.)

 

 

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Maria 

 

 

 

 

La première fois que je vis Maria, la compagne de Paul, mon frère, je me dis qu’ils ne feraient pas long feu ensemble. Je les trouvais mal assortis. Autant mon frère était naturel et joyeux, autant Maria était hautaine et guindée. Elle me saluait du bout des lèvres en détournant aussitôt son regard comme si j’étais une quantité négligeable. A table, elle se tenait droite comme un I et picorait de petites bouchées d’un air pincé ; j’étais partagée entre l’envie de m’en moquer ou de la gifler. Il me démangeait aussi de lui faire remarquer qu’elle faisait ses besoins comme tout le monde et que son attitude n’y changerait rien. Je prenais de moins en moins de plaisir à me rendre aux diverses fêtes de famille car j’imaginais à l’avance l’attitude rébarbative de Maria. Son arrivée projetait un froid sur l’assemblée et tout le monde semblait soudain moins naturel et gai. Cela dura au moins un an avant que j’ouvre les yeux sur elle.

Je m’en rappellerai toujours, c’était un samedi du mois de février, j’avais décidé de rendre une petite visite impromptue et intéressée à mon frère, car je venais d’installer un ordinateur à la maison et j’avais besoin de ses conseils pour utiliser quelques programmes ainsi qu’Internet. Je sonnai et j’allais presque repartir quand j’entendis un bruissement derrière la porte. Celle-ci s’entrebâilla à peine et j’aperçus Maria en train de s’essuyer vivement la figure. Des larmes s’échappaient malgré tout du coin de ses yeux avant qu’elle n’ait le temps de les éponger avec son mouchoir. En me voyant elle pleura carrément sans plus essayer de se retenir. Ne sachant que faire je la pris dans mes bras et lui frottai le dos en signe de consolation.

-       Que se passe-t-il ? Soudain très inquiète en pensant à mon frère.

-       Ma mère vient de me raccrocher au nez après m’avoir dit des horreurs. Je la déteste !

Ouf ! Je me sentis égoïstement soulagée, car je m’attendais à quelque chose de très grave mettant en cause Paul.

-       Allez, viens t’asseoir et raconte-moi tout cela, si bien sûr tu en as envie.

-       Je veux bien, cela me fera sûrement du bien de t’en parler.

Et là, à ma grande surprise, je découvris une tout autre Maria que celle que je croyais connaître. Elle me raconta :

-       Pour que tu comprennes les choses, quand j’étais enfant ma mère ne s’occupait pas de moi. Elle préférait sortir avec des types différents chaque semaine. D’ailleurs cela n’a pas changé depuis, bref, ce n’est pas le problème. Je devais m’occuper de tout à la maison, elle ne m’aidait jamais pour l’école ou le reste, je faisais les courses, le ménage, je me suis élevée toute seule sans compter les problèmes que j’ai dû affronter contre ses types qui disjonctaient parfois en ma présence. A présent elle joue les mères parfaites devant Paul. Et ça marche ! Elle a même réussi à lui monter la tête contre moi pour se venger car pour la première fois j’ai refusé de lui donner de l’argent. Oui, tu comprends, j’entretiens ma mère depuis toujours mais là je n’en peux plus. J’en ai marre. J’ai ma vie. Elle ne veut pas comprendre. On s’est disputé avec Paul car il croit qu’elle a des soucis financiers et que je suis radin, c’est ce qu’elle lui a dit ! Ce n’est absolument pas vrai, elle ne se refuse rien et vit très bien avec mon argent ! Il est parti, fâché contre moi. Il ne sait pas tout cela, je ne lui ai rien raconté, de plus il aime bien ma mère alors il croit que c’est moi le bourreau. Je ne sais même pas où il est.

    

Elle me regardait d’un air désespéré. J’étais abasourdie par ce que je venais d’entendre. En quelques secondes toute l’enveloppe négative qui entourait Maria s’était envolée et je me mis, non plus à la haïr comme il y avait encore peu de temps auparavant, mais à vouloir voler à son secours. C’était injuste ce qui lui arrivait. J’avais envie de secouer Paul pour qu’il revienne lui faire des excuses et écouter à son tour son enfance, afin qu’il aperçoive le vrai visage de la mère de Maria. En fait, je découvris une jeune femme meurtrie par beaucoup de souffrances, de frustrations, de sentiment d’abandon, bref, quelqu’un de sensible se cachant derrière un masque de froideur pour ne rien laisser paraître de cette fragilité sous-jacente.

Elle finit par se calmer et on se retrouva à se raconter nos vies devant des gâteaux et du thé. Lorsque Paul rentra le soir, il nous surprit à éclater de rire dans le salon en se tapant sur les cuisses tout en essuyant des larmes d’euphorie et de complicité. Toute la tension des heures précédentes était retombée.

Il fut très surpris et me regardait d’un air interrogateur. Mon animosité à l’égard de Maria ne lui avait pas échappé et je pouvais sans peine imaginer ses questions.

Je les laissai seuls pour régler leurs problèmes.

 

Cette histoire me servit de leçon car lorsque je regarde quelqu’un à présent, j’essaie toujours de deviner quelle est la face cachée de sa personnalité avant d’oser me forger une opinion.

 

 

 

 

                                                                                                                                          Christie Jane (Juin 2005)

 


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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 05:10

Sujet : Choisir une carte postale parmi un choix d'art abstrait et écrire une nouvelle.

 

 

 

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Carnaval de Miró

 

 

 

 

C’était le jour du Carnaval à La Chaux-de-Fonds. Je déambulais dans les rues sans aucune envie particulière. Pas de costume, pas de grimage ; prendre un bain de foule et rentrer, voilà ce à quoi j’aspirais.

Sur la place du marché, les « cliques » se mirent à jouer leur musique entraînante. Je souriais bêtement car je trouve que ces mélodies se prêtent à l’humour. Par moment c’était plus du tapage que de la musique, mais quel style !

J’étais captivé par la « clique » de Bâle qui faisait son show sur scène quand mon regard fut attiré par un couple près de moi. Leur visage était grimé comme des tableaux. Celui de la jeune femme ressemblait fort à une peinture de Joan Miró et celui de son compagnon à un tigre un peu abstrait.

Ils attiraient les regards car ils dégageaient quelque chose de spécial ; de mystérieux ; d’original. J’avais de la peine à décrocher mes yeux de cette fresque colorée sur un visage que l’on ne devinait même pas sous les couleurs vives. Ses yeux brillaient d’une lueur presque trop brillante. Etait-ce des larmes ou du bonheur peut-être les deux ?

Tout à coup quelqu’un les aborda pour leur demander la permission de les prendre en photo, tant ils étaient beaux.

Ils ont accepté l’air très étonné et fier de cette soudaine popularité. La jeune femme avait un sourire éclatant mais je la préférais bouche fermée, car j’étais hypnotisé par cette ressemblance avec le travail de Miró. De plus, je ne connaissais pas celui-là.

Aucune des oeuvres du peintre ne m’était inconnue puisque j’avais été chargé de toutes les répertorier pour un mémoire qu’éditaient les descendants du créateur.

Un vieil homme s’approcha d’ailleurs du couple et demanda à la jeune femme si c’était une peinture de l’artiste surréaliste espagnol. Elle paru surprise et dit que non, elle l’avait peinte elle-même sur son visage selon son idée.

J’en étais soufflé, car plus je regardais plus j’y voyais la façon de faire du peintre. Les couleurs vives de formes géométriques entourées de gros traits noirs, c’était hallucinant.

Le couple s’éloigna et je fus tenté de les suivre mais pour quoi faire ? Je ne sais même pas si elle savait qui était le peintre, graveur et sculpteur Joan Miró et lui dire quoi ? Ce que tout le monde lui avait déjà dit ce soir-là ? Je rentrai chez moi et me trouvai rassuré à l’idée que dans les heures qui suivraient la fresque partirait en eau colorée dans un quelconque lavabo. Je n’aurais pas supporté l’idée de modifier le mémoire qui devait sortir quelques mois plus tard des presses de l’édition.

Le travail de recherche m’avait pris plusieurs années et j’étais si sûr de moi qu’il ne me serait pas venu à l’esprit d’avoir pu oublier, ne serait-ce qu’un brouillon.

Aujourd’hui quand j’y repense je me dis que l’on ne peut jamais être certain de rien. Cela fait aujourd’hui vingt ans de cela et je n’ai jamais plus retrouvé de nouvelle œuvre ou de pseudo œuvre de Miró, mais qui sait ce que la vie nous réserve comme surprise parfois.

Un petit rien et toutes nos certitudes s’envolent…  

 C’est ce que j’ai appris ce jour-là.

 

 

 

 

                                                                                                                         Christie Jane (Décembre 2004)


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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 11:23

 Sujet : Créer une nouvelle avec pour thème la hiérarchie, supériorité, imbu de sa personne ou infériorité, mépris.

 

 

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Apparence trompeuse

 

 

 

 

 

Depuis ma fenêtre, je peux l’observer sans qu’il me voie. C’est une obsession. Je ne raterais ce rendez-vous pour rien au monde. Il est beau, grand, élégant, altier. Il doit être cadre supérieur et l’habitude d’avoir des gens sous ses ordres. Cela se voit, cela se sent.

Chaque matin à 7h45, il tourne le coin de la rue et longe le trottoir d’en face durant deux ou trois cents mètres avant de bifurquer sur la Grande Avenue.

Trois semaines que je l’observe. La première fois, je me coiffais en regardant la rue pour savoir quel temps il faisait. En automne, il n’est pas facile de s’habiller. Un jour, il fait soleil, le lendemain, il pleut.

Ce lundi-là, il faisait gris, rien de spécial. J’allais retourner dans la salle de bain quand je l’ai vu. Un grand monsieur, très élégant. Il portait les cheveux noirs, courts, un pardessus gris, des pantalons noirs et des chaussures cirées noires. Je l’ai trouvé tout de suite beau. Il marchait ni trop vite, ni trop lentement, une démarche assurée et droite. Il était à l’aise, sûr de lui sans être arrogant.

Depuis, je le regarde passer tous les matins. C’est mon stimulant pour attaquer la journée. J’aime ce moment. Je rêve à plein de choses. Je l’imagine dans un tas de métiers, mais j’en reviens toujours aux responsabilités, aux ordres qu’il doit distribuer avec doigté. Je l’imagine parfait, trop parfait. Je le sais bien. C’est la raison pour laquelle je ne fais que l’observer. Son visage est fin sans être émacié, allongé, un nez droit aquilin, une peau claire, nette. Il me manque juste ses yeux, son regard. J’espère toujours qu’il regarde une fois derrière lui pour que j’attrape au vol la pièce du puzzle qui me manque. Je le devine avec les yeux marron de chien battu qui lui donneraient une sensibilité, car il pourrait peut-être paraître froid sans une petite touche de mélancolie.

Aujourd’hui, il fait très froid, les voitures ont leur pare-brise gelé. Mon inconnu porte un long manteau de laine noir. Il est beau ! J’aurais l’impression d’être en sécurité avec lui. La seule chose que je me refuse à imaginer, c’est qu’il est peut-être marié. Dans ma tête, il n’est qu’à moi, ne vit que pour moi. C’est mon prince charmant. Voilà, il a tourné le coin de la rue et je retourne en soupirant dans la salle de bain pour finir ma toilette. J’ai pris congé ce matin car j’ai rendez-vous à 9h00 avec ma banque pour faire un emprunt. Ma voiture m’a lâchée et le garage veut une garantie avant d’entreprendre les réparations, ou de m’en vendre une autre. Me voici à nouveau dans la réalité !

Une heure plus tard, je suis dans la rue et j’emprunte le même chemin que mon bel inconnu. Je tourne le coin de la rue et me retrouve dans la Grande Avenue. Il fait un froid de canard, mais je suis parée. De plus, la banque est à deux pas. Cela fait au moins un an que je n’ai pas vu un conseiller. Tout allait bien jusqu’à ce que ma Twingo me laisse tomber la semaine dernière.

Dans la banque il fait chaud, je m’annonce à la réception et on me fait patienter devant le comptoir. Je prends place dans un fauteuil bien confortable. J’entends un type crier dans ce qui doit être un bureau derrière. Non seulement, il a une voix détestable, mais en plus son langage est grossier. J’ai horreur des gens qui se donnent ainsi en spectacle, même sonore, c’est un manque évident d’éducation et de maîtrise de soi. Celui-ci est particulièrement désagréable. Il est en train d’humilier un employé comme jamais je n’ai entendu cela.

Mon conseiller arrive et me fait suivre dans son bureau. Il ne me semble pas l’avoir déjà vu. Celui qui avait ouvert mon compte trois ans auparavant était plus jeune. Je lui expose mon problème et mes feuilles salaires par la même occasion. Les cris sont plus près que tout à l’heure, le bureau à côté sans doute. Je plains sincèrement la personne qui subit l’assaut verbal de son tortionnaire. Mon interlocuteur fait mine de rien et me prépare un plan pour un petit emprunt. Aucun souci me dit-il, vous pouvez emprunter jusqu’à 10'000 euros. A vous de voir.

Ok, je verrai avec le garage. Je me lève et à l’instant où mon conseiller me raccompagne, la porte s’ouvre violemment sur le bureau « bruyant » et je vois un homme fulminant de colère, les yeux bleus acier brillants de rage et sa bouche s’ouvrant sur un :

- Frank, viens ici !

D’un ton que l’on n’utiliserait même pas pour un chien. Il me regarde tout aussi durement et pour échapper à ce regard, je jette un œil derrière lui. Assis dans le bureau du monstre hurlant, j’aperçois un triste individu, pencher la tête d’un air contrit, rouge de honte. Il porte un affreux gilet rayé rouge et noir sur une chemise grise, il lève la tête et je me sens défaillir en voyant mon bel inconnu. Il a de petits yeux porcins et un regard fuyant. Je me serais bien passée de la pièce manquante de mon puzzle. Il a tout d’une lavette et plus rien de ce que j’avais imaginé. Je sens monter les larmes de déception.

Mon conseiller me ramène à l’entrée en s’excusant poliment pour le désagrément causé. Il ne peut savoir à quel point je me sens désappointée et triste. Ma déception est incommensurable.

Comment peut-on se tromper à ce point-là ?

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                             Christie Jane (Novembre 2004)

 

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 07:03

 Sujet : Ecrire une nouvelle avec un intrus qui bouleverse une situation qui va bien.

 

 

 

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Chez Toni

 

 

Tous les soirs à partir de dix-huit heures trente, le bar  « Chez Toni » du coin de la rue, accueille tous les hommes du village, y compris le mien. L’ambiance y est bon enfant ; chacun raconte sa journée de travail, ses soucis, ses joies ou ses projets.

Le vendredi matin vient le tour des femmes, épouses, mères, sœurs qui ne travaillent pas ce jour-là. Nous rapportons les cancans de la semaine ou les frasques de nos enfants ou de nos petits-enfants. Le samedi est plutôt réservé aux familles entières lorsqu’elles sont dans les parages. « Chez Toni » on se sent bien en n’importe quelles circonstances, que l’on recherche un peu de réconfort suite à une déception ou un partenaire au Scrabble, c’est vraiment l’endroit idéal.

On pourrait l’appeler « Le Phare du Village ». Entre le pub irlandais et le café typiquement français, le bar s’est constitué son propre style, douillet de par ses sièges recouverts de velours rouge et moins intime du côté bar avec ses écrans de PMU et ses hauts tabourets en bois.

Le patron, Georges, a racheté la licence au fameux Toni et conservé le nom du troquet, il y a environ trois ans. Homme discret, courtois et aimable, il attire la sympathie. Dès lors le bar est devenu une institution de rencontres, de paix, de conseils et de soutien pour tout en chacun. Même les plus jeunes s’y retrouvent après leurs cours de l’après-midi et on peut y voir la naissance d’une amourette, des cours de rattrapage ou encore des discussions animées sur un sujet d’actualité.

Mais voilà que depuis quelques semaines on observe de nets changements.

Une nouvelle famille s’est installée dans la commune, et pas n’importe laquelle. Celle du nouveau directeur de l’imprimerie où travaille presque chaque membre de cette petite communauté. Il a emménagé à la sortie du village dans une superbe villa avec sa femme et ses deux enfants. Il est architecte avec une maîtrise en gestion d’entreprise et sa candidature a été retenue pour diriger l’imprimerie Pérard qui compte aujourd’hui quatre-vingts employés. Le patron est décédé il y a quatre mois d’une crise cardiaque à l’âge de soixante douze ans. L’imprimerie appartient désormais à la commune qui l’a reçue en héritage. Le chef d’entreprise n’avait pas de descendance à qui léguer le travail de toute sa vie. La mairie a dû faire un appel d’offres pour trouver le bon candidat capable de gérer cette entreprise.

Monsieur Marchand, le nouveau dirigeant, se rend deux fois par jour « Chez Toni » : une fois le matin pour y boire le café avant d’aller travailler et une le soir en sortant de son bureau pour y prendre une bière et lire le journal. Les horaires sont irréguliers, il peut donc surprendre les habitués et les gêner.

Son attitude est désagréable, il regarde les gens de haut, ne parle à personne et si on engage la conversation, il répond par monosyllabes en nous regardant des pieds à la tête d’un air critique. Depuis son apparition « Chez Toni », un fluide glacial se répand dans l’atmosphère du café et nos « mâles » ne peuvent plus partager leurs soucis de boulot à l’heure de l’apéritif car le directeur pourrait les entendre.

Du coup, ils ont de moins en moins envie de se retrouver au bistrot.

Pour les femmes, ce n’est pas très différent. Madame Marchand est très effacée, très craintive. Elle a certainement peur de son mari en particulier ou de la vie en général. En tout cas c’est l’impression qu’elle nous donne. Elle vient avec nous le vendredi au café, mais ne participe pas aux conversations et nous évitons soigneusement de parler de l’imprimerie ou de tout ce qui s’y rapporte. Cela réduit considérablement les discussions et nous finissons par rester chez nous.

Chez les jeunes, les langues commencent à se délier ; il paraîtrait que la fille Marchand drague à tout va les garçons de la région. Les filles ont du mal à le supporter et les garçons se disputent les faveurs de la belle et se disputent aussi pour de bon ! Il  reste le plus jeune de la famille, Bastien qui est tout ce qu’il y a de plus normal chez un enfant de cet âge. Il n’a que huit ans et a l’air d’être heureux dans son monde.

Le bar est devenu morose au fil du temps, voir même carrément vide ! Ce qui n’est pas du goût de Georges le patron. Celui-ci nous racole dans la rue pour nous demander de revenir, mais il connaît déjà les réponses invariablement les mêmes de ses interlocuteurs :

-       « Quand tu auras réussi à faire fuir le dirlo et sa garce de fille, on reviendra ! Pas avant ! »

Les gens restent chez eux ou s’invitent en petits comités, on ne se voit presque plus.

Un matin, ce qui nous fait enfin réagir, c’est l’annonce de la mise en vente du bar « Chez Toni ». Tout le monde se presse devant la porte de la buvette, fermée en ce samedi.

Inadmissible ! Inacceptable ! Les commentaires vont bon train.

Comment a-t-on pu en arriver là, sans réagir avant ? Nous étions présents bien avant cette famille. Pourquoi nous sommes-nous laissés chasser d’une partie de notre vie par notre supérieur hiérarchique ?

Nous décidons de passer à l’action.

C’est à eux de partir, oui, mais comment ? Ce n’est pas si simple. De plus l’imprimerie ne souffre pas de ce directeur, bien au contraire, les comptes n’ont jamais été aussi positifs, nous ne souhaitons donc pas faire intervenir la Mairie.

Georges absent, nous ne pouvons pas lui demander son aide.

Une réunion est organisée le soir même chez les Ventoux qui ont une grande véranda où caser tout ce petit monde.

D’ici là chacun doit réfléchir au meilleur moyen de faire partir les Marchand et retrouver notre village comme avant. Le soir venu, nous étions une dizaine de famille chez les Ventoux à savourer des gâteaux que chacun a apportés.

Les idées intéressantes ne sont pas légions. Je suis surprise de voir que mises à part les mauvaises blagues, du genre, « on lui crève les pneus de sa voiture tous les jours » ou « on rend la vie impossible à sa femme », qu’il n’y ait pas d’idée plus subtile, comme, par exemple, faire rencontrer quelqu’un à son épouse ou lui faire parvenir une offre d’emploi de Paris, qu’il ne pourrait refuser.

Une proposition intéressante vient pourtant de Madame Lagnon, ma voisine discrète et agréable, toujours prête à rendre service :

- Et si on rachetait le bar tous ensemble ? Cela lui ôterait toute envie de venir et si cela ne le décourage pas, on peut toujours être maladroit en servant le café !

Tout le monde applaudit à cette proposition ! Pourquoi pas ? Aucun d’entre nous n’a été propriétaire de quoi que ce soit jusqu’à présent, sauf l’un ou l’autre de sa maison. Alors un bar, ce ne doit pas être si difficile à tenir. Il faut juste demander à Georges combien il en veut de son café.

Il est vingt et une heures, une heure encore acceptable pour téléphoner. Madame Ventoux, toujours prompte à réagir énergiquement, apporte l’annuaire et le téléphone. Pendant ce temps, chacun fait noter par Monsieur Lagnon, prévoyant il a apporté le calepin et le stylo, le montant de ses économies pour calculer l’apport initial que nous aurions à disposition. Certains ont plus de peine à parler chiffres, mais dans l’ensemble tout le monde est solidaire. On se connaît depuis si longtemps que les secrets sont quasi inexistants. Le total de nos fonds disponibles se monte à 60'000 euros. C’est pas mal.

Un tas de questions se posent encore ; telles que l’acquisition de la licence, qui tiendra le bar, qui fera la gestion, que va devenir Georges. A ce propos, Odette Ventoux est en train de composer son numéro sur le combiné sans fil. Au bout de trois sonneries, elle nous fait signe de faire silence et s’annonce.

De but en blanc, elle questionne Georges :

-       Tu es vraiment sûr de vendre le bar ?

-      

-       Et combien tu en demandes ?

-      

-       Ah ! Quand même ! Comment se fait…

-      

-       Quoi ! Mais tu ne vas pas lui vendre, j’espère !

-      

-       Non, attends un peu. Nous sommes plusieurs à être intéressés et nous aurions déjà les deux tiers de la somme à disposition.

-      

-       Promets-moi de ne pas lui vendre avant de nous rencontrer pour en discuter sérieusement ! D’accord ?

-      

-       Ok, alors à samedi prochain ! Salut !

Elle raccroche.

- Bon, alors le fond de commerce vaut 90'000.- euros et le loyer se monte à 1'100.- car il désire rester propriétaire des lieux. Vous ne savez pas la meilleure ?

Nous sommes tous pendus à ses lèvres.

- Monsieur Marchand lui a déjà fait une proposition de 100'000.- euros et 130'000.- pour les locaux !!! Il prendrait tout, la baraque et le café !!!

Nous restons sous le choc de la révélation quelques secondes et je dis :

- Ça c’est vraiment bizarre. Il faudrait savoir pourquoi il s’intéresse à ce bar. Ce n’est certainement pas pour y boire son café le matin ! Il ne faut pas oublier qu’à la base il est architecte. A mon avis il nous mijote un truc pas net.

Ma remarque est pertinente et chacun réfléchit à ce qu’il pourrait nous préparer.

Les Levrets se lèvent, ils doivent rentrer, les enfants sont fatigués.

Tout le monde suit le mouvement. Nous décidons de nous revoir dans la semaine pour étoffer notre offre d’achat à Georges.

Les jours s’écoulent lentement et avant d’avoir eu le temps de se réunir à nouveau, nous apprenons par Georges qu’il a tout vendu à Monsieur Marchand. Il n’aurait pas eu d’offre plus intéressante, selon ses dires, et songe à ouvrir une épicerie avec l’argent ainsi récolté. Un autre immeuble jouxtant le bar lui appartient aussi avec des locaux commerciaux inoccupés au rez-de-chaussée. Certains d’entre nous sont anéantis par la nouvelle et d’autres sont soulagés, car en y réfléchissant mieux, nous nous sommes rendus à l’évidence : la tâche serait ardue et les fonds difficiles à rassembler. Une majorité avait peur de se retrouver sans ressources au cas où un imprévu surgirait. Un changement de voiture par exemple ou un problème de chaudière ou de toiture, bref n’importe quoi aurait pu arriver et nous mettre dans une situation difficile, voire embarrassante. Imaginez qu’il faille demander des avances à l’imprimerie ou faire un emprunt dans une banque avec l’aval de l’employeur… encore l’imprimerie…

Par contre, ce qui nous a, à tous, cloué le bec , c’est d’apprendre le mois suivant à la mairie que Monsieur Marchand a l’intention d’ouvrir une cantine pour l’imprimerie avec bar et une garderie d’enfants car il a constaté un absentéisme récurrent chez les mères de famille.

Il est vrai qu’une structure de ce type était attendue depuis longtemps, mais cette nouvelle laisse un goût amer. Notre bar n’est plus là, nos rencontres se font de plus en plus rares et on ne parle plus que de météo entre nous.

Georges de son côté commence à aménager son épicerie juste à côté de son ancien café. Il y met tout son cœur. J’espère qu’il nous laissera un petit coin pour papoter comme avant de notre boulot, nos soucis…

L’épicerie s’appellera « Chez Georges », un bon signe !

 

 

 

 

 

                                                                                                                 Christie Jane (Septembre 2004)

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 08:59

Thème : Ecrire une histoire sur la vie d'un immeuble, d'un village, d'un hameau, etc... Rapports entre les uns et les autres. Action en une journée.

 

 

 

 

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La maison Piberne

 

 

 

 

Vieille de cent ans, la maison Piberne trône au centre du village Ferras.

Elle a fière allure avec sa grande tour centrale servant d’entrée puis d’escalier desservant les trois étages. Construite par la famille Piberne, de riches commerçants, au début du vingtième siècle pour leur seul usage, elle comportait  vingt deux pièces, trois salles d’eau, deux cuisines, une grande cave, un cellier et un grenier. A présent, et depuis les années soixante, elle est aménagée et divisée en trois appartements, chacun sur un étage.

J’ai quatre-vingts ans et cela fait soixante ans que je vis en face de la Maison Piberne. Je n’ai pas la télévision alors je compense par l’observation quotidienne des habitants de cette maison et exclusivement ceux-là. Je prends aussi des notes. Cette occupation me passe agréablement le temps en plus d’être amusante et riche d’enseignements. Au début je ne notifiais que les dates d’aménagements ou de départs des locataires pour me mettre au courant de la vie du quartier, la maison appartient en totalité au village, le dernier propriétaire, sans descendant, l’a léguée à la commune de Ferras, mais depuis que je suis en retraite de l’éducation nationale, déjà vingt ans, je transcris tous les évènements que je constate. Chaque jour je retrouve cette excitation qui me pousse à me lever, faire ma toilette, préparer mon petit déjeuner et m’installer avec mon plateau sur la table devant ma fenêtre où la vue est la plus complète de la maison.

Je vois la tour, donc toutes les allées et venues intérieures et extérieures de mes voisins ainsi que les six fenêtres de chaque étage, trois de chaque côté de la tour qui elle-même en compte une à chaque palier.

Ce matin, j’ai sorti un cahier tout neuf du placard tout excitée à l’idée de commencer le quatre-vingtième journal de la Maison Piberne. Mes livrets sont numérotés avec les dates de début et de fin de période concernée.

Je m’apprête à commencer mon nouvel en-tête : Samedi 21 avril 2007 – 07h00. Et je commence :

La chambre à coucher de Julien Leroix (au deuxième étage) est faiblement éclairée, il doit lire au lit comme tous les samedis matin puisqu’il ne va pas à son bureau. Il ne se passe encore rien au premier chez la famille Dumesnil qui a deux enfants, un garçon de huit ans et une fille de douze ans.

Madame Bonfol, au rez-de-chaussée, est déjà partie acheter son pain comme tous les jours à 06h45. Elle se lève très tôt et ne reste pas en place. Peut-être ira-t-elle chez le coiffeur aujourd’hui car cela fait un mois depuis la fois précédente.

Tiens, Julien Leroix s’est levé, il ouvre sa fenêtre, il est en pyjama. Bizarre, d’habitude il attend huit heures. On est bien samedi pourtant, oui, oui, j’ai mon calendrier contre le mur. Ah ! Au premier, on bouge aussi ! Madame Dumesnil secoue les couettes des lits des enfants. Ils sont bien matinaux, que se passe-t-il aujourd’hui ?

Il est vrai qu’il fait un soleil magnifique et que c’est le printemps mais on ne chasse pas ses habitudes aussi vite. Madame Bonfol revient. Elle ne peut pas s’empêcher de regarder dans la boîte aux lettres, c’est plus fort qu’elle. Le facteur ne passe qu’à dix heures mais à chaque fois qu’elle entre dans l’immeuble Madame Bonfol vérifie. Bien sûr, elle rentre bredouille si on en excepte sa baguette et je la vois s’affairer dans la cuisine avant de s’attabler devant un bol, un pot de confiture et quelques morceaux de pain.

J’en profite pour boire mon thé et manger un toast entre deux annotations. Monsieur Leroix a fini sa douche, il entreprend d’ouvrir toutes les fenêtres et s’active à faire son ménage. De plus en plus bizarre, il le fait généralement le lundi soir en rentrant du travail. Les enfants Dumesnil préparent chacun un sac avec leur peluche, pyjama et brosse à dents, je me suis équipée de mes jumelles pour l’occasion car ce n’est pas un samedi ordinaire me semble-t-il, je sens une effervescence inhabituelle. Il est sept heures trente et Madame Bonfol a déjà tout rangé. Elle remplit son sac avec ce que je crois être un livre et ressort de chez elle pour vérifier encore une fois le contenu de la boîte aux lettres, vide, naturellement puis s’en va se planter sur le trottoir en attendant visiblement quelqu’un ou quelque chose. Monsieur Leroix referme toutes ses fenêtres et son appartement, et descend les escaliers de la tour. Décidemment rien n’est comme d’habitude, cela me déstabilise un tant soit peu et m’excite en même temps. Il rejoint Madame Bonfol et à ma stupéfaction ils se saluent et bavardent ensemble !  Ça c’est un scoop ! A part un bonjour, bonsoir de temps à autre ils ne se côtoient pas du tout.

On dirait qu’ils attendent ensemble quelque chose. Madame et Monsieur Dumesnil appelent leurs enfants et ferment à leur tour l’appartement pour s’en aller rejoindre … Madame Bonfol et Monsieur Leroix sur le trottoir ! Les deux enfants ont l’air bien énervé, ils se chamaillent, sautent et se courent après mais les parents se sont joints à leur voisin et les voilà qui papotent tous ensemble ! C’est vraiment une journée incroyable, je n’en espérais pas tant pour l’ouverture de mon nouveau cahier. Il est près de huit heures et ils donnent vraiment l’impression d’attendre quelqu’un. Puis ils lèvent tous ensemble la tête et me regardent. Mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Je suis surprise ils ne font jamais attention à moi. Je ne sais plus que penser. Soudain une camionnette blanche vient se garer devant la Maison Piberne et je vois le chauffeur en sortir et saluer les habitants que je ne distingue plus qu’à travers la vitre côté passager de la camionnette. Deux autres hommes commencent à sortir tout un tas de matériel de l’arrière du véhicule. Mes voisins ont toujours l’air de parler avec le conducteur en montrant leur immeuble à grands coups de bras. Ensuite les trois gaillards, bien charpentés soit dit en passant, rentrent dans la maison avec chacun une bonbonne accrochée à leur dos, des masques à gaz et des espèces de lances de pompiers. Ils ont une combinaison blanche et tout paraît surréaliste. Les locataires traversent tous ensemble la route et ensuite je ne les vois plus.

J’en profite pour aller au cabinet de toilette. En sortant, comme on frappe à ma porte, je vais ouvrir et qu’elle n’est pas ma surprise de voir les six habitants de la Maison Piberne sur mon pas de porte. Je reste sans voix et c’est Monsieur Leroix qui s’éclaircit la voix et me demande :

 

-       Chère Madame, voilà, nous avons une requête un peu particulière à vous formuler. Nous habitons la maison d’en face et des spécialistes sont en train de la traiter contre les cafards, oui nous en sommes envahis. (Tiens, me dis-je, je n’avais pas remarqué cela.) Nous avons constaté, reprend-il, que votre fenêtre a la meilleure vue sur nos trois appartements et nous aimerions pouvoir profiter du spectacle, en essayant de vous déranger le moins possible et le moins longtemps naturellement, de toute façon nous devons emmener les enfants chez des amis à eux pour qu’ils puissent y passer la nuit, c’est ce qu’on nous a conseillé à cause des produits chimiques. Nous sommes juste un peu curieux de voir leur façon de procéder.

 

Je prends ma petite voix pour leur dire :

 

- Mais bien sûr, permettez-moi juste de ranger une ou deux petites choses avant de vous installer devant la fenêtre et si vous n’y voyez pas d’inconvénient je vous tiendrai compagnie !

 

 

 

 

                                                                                                         Christie Jane (Avril 2007)


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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 07:08
Réunion de copropriétaires

Sujet : Un personnage qui se prépare pour aller à une réunion. Le décrire dans sa façon de se préparer, de penser d'après ses gestes quotidien. Décrire la réunion, a-t-il du plaisir à y aller, ses commentaires, des animosités ?

 

 

 

Réunion de copropriétaires

 

 

 

 

Nouvelle disponible à l'achat sur Amazon Kindle :

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                                                               Christie Jane (Décembre 2007)

 

 

 

 

 

Texte publié dans Mosaïque pour Genève No. 15

EDITIONS ORPHEA ARTMEYRINOIS 2008IMGP2848

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 14:03

Sujet : Choisir une maison sur une carte postale parmi un choix varié.

           Ecrire une nouvelle avec la maison comme personnage principal. Maison avec une âme, un esprit ou  

           n'importe quoi d'autre...

 

 

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L’héritage

 

 

 

 

 

Le notaire m’a prévenue, mais je ne me suis pas attendue à cela.

Je suis devant mon héritage et je n’arrive pas à le croire !

 

En résumé : il y a un mois, une secrétaire d’un cabinet notarial de Sion m’a contactée pour une prise de rendez-vous concernant une succession. J’ai eu beau me creuser la cervelle, je n’ai pas pensé de quel membre de ma famille il pouvait s’agir. Je n’ai pas été prévenue d’un quelconque décès et mes proches non plus. Résidant et travaillant à Genève, il a donc fallu que je m’organise. J’ai pris une journée de congé pour me rendre à Sion dans le but de rencontrer ce notaire. J’ai supposé que le ou la défunte a résidé non loin de là.

Lors de notre rendez-vous, l’homme de loi m’a appris qu’une grande tante a légué tous ses biens à la plus jeune personne de sa famille afin d’en faire bon usage. Après enquête minutieuse, il s’avère que la personne la plus jeune, c’est moi ! A ce moment-là, je peux vous dire que toutes les idées saugrenues vous passent par la tête ! De l’or, des bijoux, de l’argent, des biens immobiliers ou je ne sais quoi tout en sachant aussi qu’il ne faut pas trop rêver. En même temps s’il y a héritage il y a forcément quelque chose à hériter ! En effet, le notaire m’a vite remis les pieds sur terre en m’expliquant :

-       N’imaginez rien, elle n’avait qu’une vieille maison au-dessus d’Anzère au milieu de nulle part. Elle voulait juste qu’un jeune couple la retape et qu’elle reste dans la famille, puisque cette maison y est depuis plusieurs générations. Je ne sais pas combien au juste.

Ouah ! Une maison ! C’est super. Mais là encore le notable a fait retomber mon enthousiasme.

-       Ne vous faites pas trop d’illusions, elle est vraiment en mauvais état. Votre grande tante y a vécu jusqu’à sa mort il y a deux mois. Elle avait quatre-vingt cinq ans.

Je me suis dit que si elle pouvait y vivre, je le pourrais aussi.

 

Aujourd’hui je me trouve devant cette maison avec Guilaine ma meilleure amie et je n’en reviens pas.

 

Durant la pénible excursion qui nous a conduites jusqu’ici, toutes les idées se sont à nouveau insinuées dans mon esprit. J’ai essayé d’imaginer cette grande tante, sa maison, sa vie. C’est bizarre mais je n’y suis pas arrivée. Devant la maison dont j’ai héritée, nous nous trouvons devant un tas de cailloux immense avec des trous partout. Comment une femme de quatre-vingt cinq ans a pu vivre là et si longtemps ? Pour venir ici j’ai pris une semaine de vacances. Avec Guilaine on devait aller au bord de la mer et on s’est dit qu’à la place la montagne dans une maison rien que pour nous ce serait vraiment extra. Mais je commence à regretter amèrement la mer, la plage en sirotant un cocktail…

 

Il a déjà fallu marcher deux heures pour arriver jusqu’ici, à tel point que j’ai cru que le notaire s’est trompé dans son plan. Cette baraque ne mérite même pas le nom de maison ! Les volets sont décrochés et pendent lamentablement, enfin ce qu’il en reste car ce sont des lambeaux de bois. La porte d’entrée bringuebale et grince en l’ouvrant, d’ailleurs il n’y a pas de poignée, il suffit de la pousser un peu pour entrer dans la masure. A l’intérieur, une odeur de ranci m’écoeure aussitôt. Je n’ose regarder Guilaine, de peur de pleurer ou de rire je ne sais plus. On entre directement dans la cuisine où un poêle à bois borde un évier en pierre.

Une chaise et une espèce de petite table faite dans une souche composent le centre de la pièce. Je ne vois nulle part de w.-c. Même pour des vacances à la dure, nous ne sommes pas assez équipées.

 

Guilaine ressort et m’appelle :

-       Regarde cette vue ! Au moins il y a quelque chose de merveilleux ici ! elle doit sentir ma déception à des kilomètres à la ronde.

-       Ouais, c’est chouette ! je marmonne.

-       J’aurais mieux fait de refuser la succession. lui dis-je.

-       Mais non ! C’est une chance. Il te faut juste trouver quelques personnes bricoleuses et je suis certaine que tu peux en faire quelque chose de bien. Un chez soi à soi c’est génial !

 

Elle a peut-être raison, je vois tout en noir, avec un peu d’imagination, un bon nettoyage et beaucoup d’huile de coude cela devrait nettement aller mieux. Cela ne coûte rien de le croire en tout cas. En attendant il est temps de décider si nous dormons ici cette nuit. Guilaine me convainc de rester. Il ne peut rien nous arriver dans ce bled paumé. Bon, que nous faut-il ? De l’air dans un premier temps. J’ouvre l’unique fenêtre de la cuisine non sans mal. Elle est collée, je dois forcer en espérant qu’elle ne me reste pas dans la main. Pour la chambre impossible de grimper si haut même à l’aide de la chaise. Tant pis, il faudra une échelle à l’occasion.

Guilaine a trouvé un balai. Il y a une remise à ciel ouvert derrière la chaumière, nous l’inspectons pour y trouver quelque chose d’utile, mais à part quelques outils rouillés, il n’y a rien. Nous retournons dans la chambre et Guilaine me fait la courte échelle pour que j’aère cette pièce. J’y parviens à grande peine car cette petite fenêtre n’a jamais dû être ouverte. Ensuite j’empoigne le matelas pour le retourner et je regarde avec stupeur des dizaines de fourmis géantes, imprimées sur des billets de banque, bien alignés sur le sommier.

Guilaine s’esclaffe :

-       Oh ! Des anciens billets de mille francs suisses ! Tu crois qu’ils sont toujours valables ?

Je n’en reviens pas. Je commence à apprécier cette maison. Nous comptons les billets, il y en a trente exactement. De quoi commencer des travaux dignes de ce nom pour donner une âme plus chaleureuse à cette bicoque.

-       Pour fêter cela on va se boire un coup, je la gardais pour ce soir mais c’est trop beau pour rater une occasion pareille. propose Guilaine en sortant de son sac une bouteille de blanc et deux sandwichs.

Dans un coin de la cuisine, il y a un petit carton que je n’ai pas vu avant. Je l’ouvre et trouve quelques babioles et des croquis de la maison alors qu’elle devait être dans la pleine force de l’âge. Ce n’est pas avec trente mille francs que je la referai ainsi mais je compte bien la garder et en faire un chez-moi. J’aurais bien voulu savoir pourquoi ma grande tante vivait si simplement et isolée de tous. En fouillant dans le fond du carton je trouve son acte de naissance et ses papiers importants. Il faudra que je mène mon enquête, j’ai envie d’apprendre à la connaître. Cet endroit est bien trop éloigné pour y vivre au quotidien mais pour les week-ends ou les vacances ce sera parfait. Et si les billets de mille ne sont plus valables tant pis, j’essaierai de faire de cette baraque quelque chose qui me ressemble un peu.

 

 

 

 

                                                                                                          Christie Jane (Mai 2005)


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