Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 19:28
Pierre Ramirez

Le sujet de cet atelier d'écriture était assez particulier ce jour-là. 

 

Nous avions pour mission d'écrire la biographie d'une personne à partir d'une simple photo, en l'occurence un Monsieur.

 

Chaque participant à cet atelier a dû choisir une période de l'existence de ce monsieur que nous avons choisi d'appeler Pierre Ramirez, et, nous avons inventé sa vie...

 

Pour ma part, j'ai choisi la partie professionnelle dans la tranche d'âge de 42 à 52 ans.

 

 

 

Pierre Ramirez 

Professionnel de 42 à 52 ans

 

En parcourant la rubrique mortuaire, que je regarde toujours brièvement au cas où je connaîtrais quelqu’un, je m’arrête sur Pierre Ramirez, décédé à l’âge de 73 ans.

 

Oui, je le connais, j’ai travaillé avec lui. Nous étions dans le même bureau chez Mineral Oil Group. Il avait été engagé pour m’assister dans la gestion des réclamations clients de la Mineral Oil Tax, alors que j’étais complètement débordée.

 

Au début, je n’avais pas compris pourquoi ils avaient choisi Pierre et j’avais tendance à perdre patience devant sa nonchalance.

 

Par la suite, je m’étais vite rendue compte que ce n’était pas de la nonchalance mais que Pierre était en fait un introverti qui réfléchissait et prenait le temps de faire le tour de la question avant de prendre une décision.

 

Cette qualité m’est devenue complètement essentielle car il ne se trompait jamais et les dossiers qu’il me remettait étaient solides, basés sur les bonnes réflexions avec toutes les pièces justificatives dont j’avais besoin pour la constitution des dossiers. Je gagnais donc un temps fou et mon assistant devint vite indispensable.

 

Il était par ailleurs très bien organisé, ordré, presque trop, parfois je me disais que c’était un maniaque tant il reposait chaque chose à sa place et qu’aucun papier ne traînait jamais sur son bureau.

 

Quand il se levait pour aller chercher son café à neuf heures trente précisément, il me proposait systématiquement d’en prendre un pour moi. Je culpabilisais car j’oubliais l’heure, le café et c’est seulement au moment où il me le proposait que je réalisais à quel moment de la journée nous étions. Puis c’est devenu une habitude.

 

Pierre avait un caractère en or, il était toujours d’humeur égale, calme, posée. Contrairement à moi qui régulièrement pestait lorsqu’une mauvaise nouvelle tombait pour un de mes dossiers, lui restait toujours impassible tout en gardant sa concentration et son investissement dans le travail.

 

Ce que j’avais pris au début pour du « jem’enfoutisme » était en fait tout l’inverse, dans le calme et l’élégance.

 

En parlant d’élégance, Pierre était d’ailleurs toujours bien vêtu, pantalon de costume, chemise, sans cravate, il s’octoyait cette petite liberté étant donné que nous avions peu de contacts physiques avec l’extérieur.

 

Il ne paraissait jamais contrarié quand la direction nous faisait une crasse comme souvent elle savait les faire, alors que moi je marmonais dans ma barbe, que je râlais à haute voix et que je disais tout haut ce que j’en pensais sans ménager mon langage, il hochait doucement la tête sans commenter.

 

Il est vrai qu’il était peu bavard. Difficile de savoir ce qu’il pensait ou ce qu’il vivait en dehors du travail. Nous ne parlions pas de nos vies privées. Son attitude discrète dès le départ m’avait tenue à l’écart de toute envie de « copiner » ou d’échanger des propos personnels. Nous parlions du temps qu’il faisait, de l’actualité mondiale et de nos tâches essentiellement. Je ne savais donc rien de lui. De toute façon, nous avions tellement de travail que c’était mieux ainsi, nous ne perdions pas de temps en discussions.

 

Pierre n’était ni beau, ni laid. Le mystère qui rôdait autour de lui en raison de sa discrétion lui donnait beaucoup de charme, de douceur aussi. Parfois je me demandais si ce n’était pas pour se protéger d’une âme trop sensible qu’il créait cette distance avec les autres. Car il était pareil voire encore plus distant avec nos collègues. J’étais la seule à avoir le privilège de le voir de façon plus détendue, « intime », si l’on peut vraiment dire cela. Je pense qu’avec moi et les années, il se sentait bien dans ce bureau car il était vraiment serein, presque décontracté, mais toujours aussi consciencieux et concentré qu’au premier jour. Je n’aurais échangé mon assistant contre rien au monde !

 

Lorsqu’en fin d’année les évaluations arrivaient et que je devais rapporter à mon supérieur les notes que j’avais prises sur mon second tout au long de l’année, je ne tarissais pas d’éloges à son égard à tous les niveaux. A tel point qu’une fois, je me rappelle que mon manager m’a regardée étrangement comme s’il pensait que j’étais peut-être tombée amoureuse de lui. Non ce n’était pas le cas mais je crois que peu de personnes se rendent compte de l’importance d’avoir un collaborateur en or alors que tant de gens se tirent dans les pattes, se font souffrir gratuitement, espèrent secrètement faire virer ou prendre carrément la place de leur collègue. On peut dire que grâce à Pierre j’allais de bon cœur à mon travail et cela n’a pas de prix.

 

En conséquence, il avait de belles primes de fin d’année et je sentais qu’il m’en était reconnaissant à sa façon de me proposer le café avec chaleur ou par un regard plus appuyé.

 

J’ai occupé ce poste en sa compagnie pendant dix ans puis notre société a été rachetée et la nouvelle direction a licencié tout le monde. Nous nous sommes quittés pratiquement de la même façon que nous nous étions présentés le premier jour en nous serrant la main, la seconde fois un peu plus longuement toutefois que la première, sans doute pour exprimer tout ce qui ne pouvait pas être dit.

 

Par la suite, j’ai souvent pensé à Pierre et me suis demandée ce qu’il était devenu, il avait, je crois, cinquante deux ans quand nous avons dû quitter la société Mineral Oil Group. Cela fait donc plus de vingt ans que je n’ai plus revu Pierre et voici qu’il est décédé à présent.

 

J’en suis très attristée.

 

 

                                     Christie Jane (écrit en Mai 2015)

 

 

 

Repost 0
6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 14:16

Le sujet de cet atelier était : Silence ou Silences

Silences

Silences

 

 

Depuis son retour à la maison, elle ne parlait pas. Je ne reconnaissais plus ma fille. C’était une ombre silencieuse qui se glissait de sa chambre à la salle de bain et de la salle de bain à sa chambre.

 

Elle venait picorer à la cuisine en notre absence. Je le savais car il y avait de petits signes qui m’alertaient : le chiffon changé de place, un paquet de biscuits entamé mais remis dans le placard, un pot de yogourt vide dans la poubelle, presque rien mais cela me rendait heureuse, je me disais que si elle avait faim, rien n’était perdu, elle pouvait se reconstruire, retrouver une vie « normale ».

 

Parfois j’allais écouter derrière sa porte. Je n’entendais rien, pas de musique, pas de télévision, rien si ce n’était de petits bruissements de papier, peut-être lisait-elle ou écrivait-elle ?

 

Au début j’essayais de la déranger, de la questionner, mais dès qu’elle posait son regard sur moi, je savais que je n’avais pas ce droit. Son expression changeait, d’une attitude triste, elle passait à une totale absence, comme une coquille vide. En pareille situation l’effet est garanti, vous n’avez qu’une envie : bafouiller une quelconque excuse et battre en retraite immédiatement. Au début ce silence était si pesant qu’il y avait comme une chape de plomb sur la maison. Avec Charles, mon mari, on se surprenait à chuchoter ou à se faire des gestes pour se faire comprendre. On baissait le son de la télévision. Puis petit à petit, le silence est devenu moins pesant, plutôt comme un cocon, on l’a apprivoisé, on s’en est accommodé. Même Elise a eu l’air d’aller mieux dans son propre silence, elle se glissait un peu moins doucement d’une pièce à l’autre, alors on s’est habitué, on s’est même mis à apprécier le silence sans le craindre, sans s’angoisser.

 

Je me disais que ce serait toujours comme cela, une fille muette, une ombre de fille.

 

Tout avait commencé un jour du mois de novembre, l’année dernière, j’avais trouvé un mot sur la table de la cuisine. Ma fille unique, Elise, partait « vivre sa vie » avec son petit ami. C’était son expression « vivre ma vie ». Elle n’avait que quinze ans et nous n’avions aucune indication de l’endroit où elle allait, ni du petit ami en question. C’était un tsunami dans nos petites vies rangées, boulot, lycée, dodo. On n’avait rien vu venir. Trois mois plus tard, la police l’avait retrouvée, seule, errant dans le métro à Paris, en haillons, hagarde, sale et dénutrie. Elle était devenue muette. Après un mois de soins dans un centre hospitalier spécialisé pour les adolescents on nous a rendu notre fille, enfin plutôt une fille, qui, physiquement lui ressemblait, mais qui n’était plus vraiment notre fille. Deux mois plus tard il n’y avait pas d’amélioration lorsque nous avons reçu un courrier du lycée. Elle devait refaire son année puisqu’elle n’y avait passé que les deux premiers mois. J’ai dû remplir une inscription comme si c’était la première fois. Je me revoyais un an plus tôt la presser de choisir car elle changeait d’avis dix fois de suite sur les options qu’elle devait cocher, elle était toute excitée à l’idée de quitter le collège alors. J’ai décidé de lui donner le formulaire dans sa chambre. J’ai frappé à la porte, attendu quelques secondes de politesse puis je suis rentrée. Je l’ai vue assise à son bureau, en train d’écrire, elle m’a regardée. Cette fois-là son expression était presque interrogative, c’était rare que je vienne la déranger. Je lui ai tendu la feuille de projet du lycée sans un mot, c’est contagieux le silence. Elle l’a prise, l’a regardée, et je ne sais pas si c’était mon imagination, mais j’ai vu un imperceptible sourire, comme si elle aussi avait pensé à son attitude enfantine de l’année dernière. J’ai retrouvé espoir ce jour-là car elle a gardé le papier, c’était bon signe, je lui ai souri, lui ai caressé les cheveux, les épaules, la joue et je suis sortie de sa chambre.

 

Je me suis sentie mieux car j’ai su qu’elle reprendrait le lycée cinq mois plus tard et que d’ici-là j’aurais appris à communiquer avec elle.

 

Je repense à tout cela avec un pincement au cœur aujourd’hui.

Elle a un sourire pour chaque personne à qui elle dédicace son livre.

Il y a juste un an que nous l’avons retrouvée.

J’étais encore ignorante de l’innommable, maintenant je sais mais je me demande ce que je préfère : savoir ce qui lui est arrivé et devoir vivre avec ça ? ou ne pas savoir et vivre avec une ombre silencieuse ?

 

Son livre s’appelle : fugue, viols et châtiments

 

 

                                                         Christie Jane (Texte écrit en Mai 2014)

 

 

Repost 0
22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 08:57

Le sujet de cet atelier : dispute, chamaillerie, algarade, conflit, bisbille, bagarre, querelle, altercation, prise de bec, brouille, démêlé, différend, ...

Les Copines

Les Copines

 

 

 

S’il me fallait choisir entre mes deux amies, ce serait impossible. Je les aime toutes les deux, aussi différentes soient-elles l’une de l’autre.

 

Pourtant, il me devenait de plus en plus insupportable d’assister régulièrement à leurs disputes semaines après semaines.

 

On m’avait prévenue que le chiffre trois ne peut pas fonctionner en amitié, qu’il y a toujours quelqu’un qui reste sur le carreau.

 

Dans le cas présent je suis plutôt l’arbitre qui compte les points et ce soir trop c’est trop.

 

Caroline accuse Sabine de ne jamais lui rendre ses affaires et Sabine veut des exemples concrets. Le ton monte et comme à chaque fois j’essaie de les calmer en changeant de sujet. Parfois ça marche mais pas ce soir.

Alors j’ai décidé que c’en était terminé. Ce serait la dernière fois que je les verrais toutes les deux ensemble. J’opterai pour une semaine sur deux comme un enfant qui voit son papa la semaine paire et sa maman la semaine impaire. Je me suis donc levée, j’ai fait la bise à Caroline un peu sèchement, j’ai fait de même avec Sabine et je suis partie. J’ai senti dans mon dos leur regard et un silence pesant. J’espère qu’elles ont compris qu’elles me tapaient sur le système.

 

La semaine suivante, j’ai contacté Caroline pour une sortie resto. Dès son arrivée, elle s’est mise à regarder partout, puis a demandé :

 

  • Elle n’est pas là Sabine ?
  • Non, ce soir on n’est que toutes les deux.
  • Ah ? Elle est malade ?
  • Non, je ne lui ai pas proposé de venir.

 

Caroline, stupéfaite, ouvre deux grandes mirettes remplies d’incompréhension.

 

  • J’en ai marre de vos disputes incessantes, alors j’ai décidé de vous voir séparément.
  • Sans nous demander notre avis ? s’exclame Caroline et elle ajoute :
  • T’es gonflée !
  • Pourquoi ? ça te manque les chamailleries ?
  • On ne se chamaille pas on discute ! T’as un problème, ou quoi ?

 

Caroline a le culot de me poser cette question.

 

  • Alors ça c’est la meilleure ! Chaque semaine vous vous querellez sans fin pour des broutilles, un livre pas rendu, un maquillage mal fait, un cadeau qui n’en est pas un, bref, j’aurais des collections d’exemples à te donner et au lieu de vivre une soirée à rigoler entre copines je passe mes soirées à essayer de vous calmer.

 

Caroline de rétorquer :

 

  • Si on ne peut même pas débattre tranquillement avec Sabine sans que tu le prennes mal, tu as raison de vouloir passer tes soirées seule. Salut et bonne soirée !

 

Caroline s’est levée et m’a plantée là comme une gourde. Je n’y comprends plus rien.

 

La semaine suivante, j’ai tenté la même expérience mais cette fois avec Sabine. Au téléphone, je lui ai trouvé un ton bizarre.

On s’est donné rendez-vous dans un pub car nous n’avions pas envie de manger.

 

A mon arrivée, Sabine est déjà installée.

D’un ton légèrement acide elle me demande avant que j’aie eu le temps de m’asseoir :

 

  • Et Caroline, elle n’est pas invitée à notre petite sauterie ?!

 

Ça ressemble plus à une accusation qu’à une question. Je lui réponds par une autre question :

 

  • Tu lui as parlée récemment ?
  • Oui, qu’est-ce que tu crois ? On est des copines, nous, on se parle, on ne s’aboie pas dessus comme tu as l’air de le penser.
  • Alors là, je ne vous comprends plus du tout. Lorsque vous êtes séparées vous vous mettez d’accord pour vous entendre contre moi et lorsque vous êtes ensemble vous m’ignorez car vous êtes entièrement absorbées par vos disputes.
  • Pourquoi tu t’entêtes Martine ? Caroline t’a déjà expliqué que l’on ne se dispute pas, on s’exprime, tu ferais bien d’en faire autant plutôt que de faire tapisserie dans nos soirées.
  • Parce qu’il n’y a pas à dire, on se fait chier avec toi toute seule !

 

Sabine se lève et s’en va.

 

J’en suis toute retournée, j’ai la nausée, la tête me fait mal, je n’ai même pas la force de me lever, je viens de perdre mes deux meilleures copines et je n’ai rien compris.

Suis-je aussi aveugle pour avoir tout confondu ?

 

Soudain, je vois Caroline et Sabine bras-dessus bras-dessous toutes souriantes s’approcher de moi.

 

Caroline :

 

  • On t’a bien eue, hein ?

 

Sabine de renchérir :

 

  • Ah ! Ouais ! Sur ce coup-là on s’est bien mis d’accord !

 

Je les regarde à tour de rôle sans comprendre, des larmes me montent aux yeux, trop d’émotions m’envahissent.

 

Caroline me prend dans ses bras et me dis :

 

  • Merci Martine. Tu nous as ouvert les yeux. C’est toi qui as raison, on se pourrissait toutes nos soirées, c’était comme un jeu malsain.

 

Sabine de continuer :

 

  • Oui si tu n’étais pas partie l’autre fois ça aurait pu continuer des années, sans fin. Tu nous as fait un électrochoc.

Après ton départ on s’est expliqué Caroline et moi et on a décidé d’arrêter de se chamailler pour rien.

 

Caroline reprend :

 

  • On avait en fait une vieille rivalité à cause d’un garçon qu’on aimait toutes les deux au lycée et on a gardé cette jalousie tout au fond de nous pendant toutes ces années sans pouvoir s’en débarrasser. Mais maintenant grâce à toi on est guéri !

 

Sabine continue :

 

  • Du coup on a décidé de te faire marcher un peu et de te montrer comme ça fait mal de s’engueuler et que tu avais raison de vouloir que ça cesse. Par contre on ne voulait pas te faire du mal, juste un peu t’enquiquiner à notre tour !

 

J’en suis toute retournée, ah les nouilles, elles m’ont fait une de ces peurs ! Mais je les adore !

 

Trois c’est décidemment un très bon chiffre !

 

 

 

 

                                                                                 Christie Jane (Juin 2016)

 

 

Repost 0
17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 16:12

Le sujet de cet atelier était : L'indécision. Ne pas se décider. Un décision difficile personnelle ou collective.

Containtes : 1) Monologue intérieur  2) Dialogue.


 

6268963341_49476fc87f.jpg

 

 

 

 

Dire ou ne pas dire...

 

 

 

 

 

« Mon Dieu, aidez-moi ! Faites que je trouve la bonne décision ! »

 

Minerva ne dort plus depuis le drame dont elle a été le témoin. Elle revoit en boucle l’événement qui a changé sa vie et la changera pour toujours.

 

« Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour que cela m’arrive à moi ? Et maintenant ? Je fais quoi moi avec ça ? Il va me le faire payer. Il faut que je trouve une solution pour m’en sortir et le faire coffrer sans qu’on sache que c’est moi. Peut-être une lettre anonyme au préfet ? Un téléphone tout aussi anonyme à un autre commissaire ? Oui mais lequel ? Ils se connaissent tous. »

 

Trois jours et trois nuits que Minerva ressasse encore et encore des idées en tous genres. Elle a peur et elle a de quoi ! Pensez-donc ! Que feriez-vous à sa place ?

 

Tranquillement assise devant la télévision un samedi soir, vous vous levez pour préparer un repas léger. En passant devant votre fenêtre, votre regard est arrêté par une scène étrange. Vous ne réalisez pas immédiatement la gravité de la situation : votre voisin, le commissaire principal de toute la région est en train d’étrangler sa femme. Elle s’effondre comme une poupée de chiffons. Vous n’arrivez pas à détacher les yeux de la scène, vous êtes pétrifiée. Le voisin va et vient dans le salon, il s’affaire, il accroche une corde au lustre du salon et y pend sa femme. Il ferme les rideaux, éteint la lumière et s’en va. Toujours tétanisée, vous ne savez que faire. Appeler les secours, c’est le commissaire lui-même qui va venir vous interroger, appeler une autre ville, ce ne sera pas de leur ressort, se taire ? Ce n’est pas envisageable.

Soudain, le voisin revient en compagnie d’un autre homme. Ils rigolent. Entrent dans la maison du commissaire, les lumières s’allument, puis un grand cri. Ensuite tout va très vite, une ambulance, des voitures de police, une civière, une ambulance qui repart au pas. Un commissaire effondré au milieu de ses collègues, pensez-donc sa femme s’est pendue, le pauvre homme, il prenait un café avec un collègue, il n’a rien vu venir…

 

Vous oui. Vous, vous savez. Et alors ? Vous faites quoi ?

Dans les jours qui suivent Minerva n’en entend pas beaucoup parler de ce coup de tonnerre dans son univers. Les suicides sont honteux, qui plus est pour la femme d’un notable. En discutant d’elle, les gens parlent de décès d’ailleurs pas de suicide.

Faut dire que Minerva vit seule, n’a pas beaucoup de contacts avec le voisinage, elle s’est toujours fait oublier, ce qui explique peut-être que le commissaire a omis ce détail : la fenêtre donnant chez sa voisine.

Et si c’était la prochaine ? Non, arrêtons-là la paranoïa et penchons-nous sur les tourments qui harcèlent Minerva. Cent fois elle a pris le téléphone, puis reposé avant de composer la fin d’un numéro. Cent fois elle a pris un stylo et du papier à lettre qu’elle a froissé et jeté à la corbeille à peine sa lettre commencée.

Soudain, une idée germe. Un avocat. Il est soumis au secret, oui mais il ne peut entamer de poursuites à sa place. Que faire ? Demander à un journaliste de venir. Tout lui raconter. Oui et après ? Il n’y a qu’une seule fenêtre donc ce serait forcément elle. Et si on la croyait et que le commissaire soit arrêté immédiatement ? Et si on ne la croyait pas ? Il est très populaire dans le coin, tout le monde le salue, le respecte, l’estime. On croira qu’elle a raconté des histoires parce qu’elle vit seule et qu’il faut bien s’occuper, les gens diront qu’elle a un début d’Alzheimer.

Mais lui saura qu’elle sait.

Minerva n’en peut plus, ce secret est trop lourd à porter. Elle décide de le partager avec sa meilleure amie et advienne que pourra, elle ne sera plus seule à devoir prendre une décision, ou pas…

 

« Bonjour Emeline, comment vas-tu ? Bien, ah, excellent. Tu ne voudrais pas venir boire le thé à la maison cet après-midi ? J’ai quelque chose à te dire. Ah ! Toi aussi ? Très bien, alors je t’attends vers quatorze heures. »

 

La matinée tire en longueur, Minerva fait les cent pas dans son salon et se répète inlassablement la façon dont elle va aborder le sujet avec son amie.

Il est à présent l’heure de son rendez-vous, elle n’a pas mangé et des sueurs froides descendent le long de ses bras, de son dos. Minerva guette à la fenêtre lorsqu’enfin la voiture de son amie entre dans l’allée, se gare. Son amie sort de la voiture et sonne à la porte toute pimpante.

 

« Bonjour Emeline, entre. Comme tu es radieuse ! Maquillée, bien habillée, toute en beauté ma chère. »

 

« Oh Minerva, si tu savais ce qui m’arrive ! Je revis. Oh, et je ne peux pas garder le secret plus longtemps, je suis amoureuse ! Je ne croyais plus cela possible, à cinquante cinq ans ! Mais qu’est-ce que ça fait du bien ! Bon, il est un peu marié, enfin plus maintenant, bon c’est un peu compliqué mais je t’expliquerai. Et toi alors ? Tu voulais me dire quelque chose ? Tu as une mine, ma chérie, excuse-moi de te dire ça mais on dirait une déterrée, tu es malade ? »

 

« Tu ne crois pas si bien dire, enfin pour la mine de déterrée, pas la maladie. Je vais bien, enfin si l’on peut dire cela. Côté santé ça va, mais le reste c’est un vrai cauchemar.

Viens voir cette fenêtre, là, oui, ici mets-toi là et regarde. Qu’est-ce que tu vois ? »

 

« Oh ! Ben alors, Minerva !? Qu’est-ce que tu me fais là ? Tu es jalouse ou quoi ? Tu sais bien que c’est la maison du commissaire. Je ne sais pas comment tu l’as su, mais oui c’est lui, je sors avec lui depuis plusieurs mois maintenant. Et alors, tu ne vas pas me faire une scène quand même !? Oui je sais sa femme s’est suicidée et je ne suis sûrement pas étrangère à sa décision, il avait décidé de tout lui annoncer le samedi. Et le soir… oh c’est affreux, tu sais je me culpabilise mais en même temps je réalise que cela va être tellement plus simple maintenant. Oui je sais c’est horrible de penser cela mais je l’aime tellement. Tu ne vas quand même pas m’en vouloir, c’est pour cela que tu m’as fait venir ? Comment as-tu su ? »

 

Le cauchemar continue… dire ou ne pas dire…

 

 

 

 

 

                                                                                                      Christie Jane (Février 2013)

 

 

 

Repost 0
6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 10:43

 

Le sujet de cet atelier : Un ami de longue date. Méfions-nous de tout le monde y compris d'un ami... vécu quelque chose de fort ou perdu de vue, énervant, impuissant à aider, etc...

 

 

 

 

 

4979425090_751e51e4fd.jpg

 

 

 

 

 

 

Des amis de longue date

 

 

 

 

 

Nouvelle disponible à l'achat sur Amazon Kindle

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                            Christie Jane (Novembre 2007)

 

 

 

 

 

 

Texte publié dans Le Mosaïque No. 18 (2011-2012)

Edité par les Artmeyrinois, Meyrin, Suisse

Mosaique-2011-2012.jpg

Repost 0
20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 13:38

Le thème de cet atelier était le dépaysement, pas forcément volontaire ou positif, soi ou les autres.

 


 

5756138275_fb77f4282a.jpg

 

 

 

 

 

Le Grand Voyage

 

 

 

 

 

 

Couchée dans son lit, Martine n’a plus la force de se lever. Les soignants de cette unité de soins palliatifs l’aident du mieux qu’ils peuvent. Ce service se situe au dernier étage du nouvel hôpital intercommunal de Haute-Savoie.

Martine y est entrée deux semaines plus tôt atteinte d’un cancer de l’utérus en phase terminale. Plus faible de jour en jour, elle est consciente de vivre ses derniers instants, seule. Brouillée avec sa sœur depuis quinze ans, ses parents décédés, elle n’a ni mari ni enfant.

Seul son travail a compté plus que tout, et dans ce lit, elle prend la mesure du vide qui comble son existence. Ses rapports superficiels avec ses collègues de travail, son isolement social, sa misère affective, viennent la gifler de toute leur puissance.


"Ce n’est pas ça la vie. J’ai fui, j’ai masqué, j’ai menti et au final je n’ai pas vécu. Linéaire. Une vie plate et sans soubresaut. Sans émotion, sans amour."


A présent elle comprend qu’elle a fait les mauvais choix. Martine se résigne à l’imminence de sa mort. Il est temps de changer d’air même si c’est l’air de rien, du néant. Il est temps de s’aventurer enfin vers l’inconnu, la peur, l’émotion. Temps de franchir le cap.


Martine se laisse aller. S’évade alors son âme. Elle flotte d’abord au-dessus de son corps malade, puis s’éloigne, sort de l’hôpital, s’envole dans les airs. Elle admire le paysage, un resplendissant soleil du mois de mai illumine la ville, la nature, le paysage. Elle est légère, ses douleurs ont disparu. C’est la ville où elle a toujours vécu, pourtant, elle la découvre pour la première fois vu d’en haut. Elle peut se rendre où elle veut. D’abord à son appartement, elle ne ressent rien, le trouve blafard. Puis elle s’en va visiter les parcs, les jardins fleuris, suit la rivière, contourne le lac…

 

-       Elle respire ? demande une soignante.

-       A peine. C’est imperceptible, répond la psychologue qui tient la main de Martine depuis un quart d’heure et la contemple en silence. Une présence c’est si important dans ces moments-là, je vais rester encore un peu auprès d’elle.

 

Pendant ce temps Martine continue son voyage, elle se libère de plus en plus de toute pensée. Il ne reste que les sensations, chaleur, douceur, le sentiment de ne plus se sentir seule. Elle est sereine. Elle s’envole toujours plus loin, enfin dépaysée, libre et heureuse.

 

- Au revoir Martine, lui murmure la psychologue après qu’elle ait rendu son dernier soupir.

 

 

 

 

 

 

                                                           Christie Jane (Mai 2011)

 

 

 

 

 

 

Texte publié dans Le Mosaïque No. 18 (2011-2012)

Edité par les Artmeyrinois, Meyrin, Suisse

Mosaique-2011-2012.jpg

Repost 0
21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 21:54

Le sujet de cet atelier : Une interview imaginaire ou pas. Comment amener quelqu'un quelque part en l'interrogeant.

Ce qui m'a inspiré, c'est une petite visite que j'ai eu l'occasion de recevoir à deux reprises sur mon blog et qui m'a laissée sur ma faim. J'ai alors imaginé cet interview. Si vous êtes blogueurs, peut-être que ceci vous amusera et vous rappellera d'éventuels souvenirs...

 

 

 


 

 

967406431_788defa28d.jpg

 

 

 

 

 

Le Fermaton

 

 

 

 

-       Bonjour Monsieur Farjot. Je rappelle à nos auditeurs que nous sommes en direct sur Radio Blog, la radio spécialisée des blogs en tout genre publiés sur internet. Aujourd’hui notre invité est un mathématicien. Son blog s’intitule : Fermaton.com.

Alors dites-nous, Monsieur Farjot, pourquoi avez-vous décidé de créer ce blog et que signifie exactement le Fermaton ?

 

-       Bonjour Monsieur… Monsieur… ?


-       Appelez-moi Nicolas, je vous en prie.


-       Bonjour Monsieur et bonjour aux auditeurs de Radio Blog. Je m’appelle Georges Farjot, je suis mathématicien et j’ai décidé de faire ce blog pour expliquer aux gens mon métier, les relations entre Einstein, la physique quantique et le Fermaton.


-       Alors justement Georges, je peux vous appeler Georges ?


-       Oui bien sûr, Monsieur… ?


-       Nicolas, appelez-moi Nicolas, je vous en prie !

Alors Georges, expliquez-nous ce qu’est le Fermaton. Je vous avoue que les mathématiques sont du chinois pour moi et j’imagine aisément que nos auditeurs, du moins en partie, sont comme moi.


-       Oui, trop de gens ignorent la signification profonde des mathématiques, de l’origine à nos jours et nous sommes encore très loin d’avoir tout découvert. Mais ce que nous avons déjà exploré est tellement formidable que cela méritait de figurer dans mon blog, d’ailleurs une somme considérable de visiteurs viennent le voir et me laissent des commentaires extraordinaires.


-       Oui alors, justement, parlons-en, voici, je cite, un commentaire qui revient très souvent « Vous m’avez demandé de passer voir votre blog, je suis venu mais comme je ne suis pas fan de maths, je n’y comprends pas grand chose. » C’est un exemple parmi tant d’autres qui reprend en choeur cette méconnaissance de la matière que vous approfondissez certainement très bien mais vos visiteurs n’ont pas l’air d’en savoir plus en quittant vos pages. Vous avez une explication à nous donner ?


-       Il y a des dizaines d’articles qui décortiquent chaque théorie, celle de Gauguin, de Hall, de Van Gogh, de De Vinci, d’Einstein, du Fermaton, il faut lire chaque article de mon blog pour mieux comprendre le génie de cette matière. D’ailleurs j’invite régulièrement des blogueurs à venir le voir.


-       Alors parlons un peu de vos visites sur les blogs des autres blogueurs. Beaucoup se plaignent que vous ne faites pas de commentaires sur leur contenu mais que celui que vous leur laissez est uniquement en vue de vous faire de la publicité. Je cite une de vos annotations laissées sur le site d’un auteur ayant publié un texte sur la peur des chiens. Vous lui dites : « Vous êtes invité sur mon blog : Fermaton.com. Cliquez sur la théorie de Hall, à bientôt sur mon site. » Cette personne a effectivement lu la fameuse théorie de Hall, assez obscure, d’après elle, qui n’a aucun lien avec une peur ou une thérapie contre la phobie des chiens. Alors ma question est : Est-ce que vous lisez les blogs des autres ou est-ce que vous y allez juste pour y laisser une note dans le but de faire connaître le vôtre ?


-       Mon blog traite de choses qui régissent toutes les lois de l’univers donc j’estime de la plus haute importance le fait qu’un maximum de gens soit au courant. Il faut qu’ils sachent qu’ils ne sont qu’énergie liée grâce au Fermaton. Le reste n’a pas d’importance.


-       Pouvez-vous nous expliquer, Georges, ce qu’est justement le Fermaton ?


-       Oui bien sûr, Monsieur … ?


-       Nicolas, appelez-moi Nicolas, je vous en prie !!


-       Alors CQFD ! Fermaton c’est CQFD.


-       Je rappelle aux auditeurs que C.Q.F.D. figure sur chacun de vos articles et que cela signifie : Ce Qu’il Fallait Démontrer.

Excusez-moi Georges pour cette parenthèse, mais je pense qu’il était nécessaire de le souligner.


-       Oui bien sûr, Monsieur… ?


-       Nicolas, appelez-moi Nicolas, je vous en prie !!! L’émission touche à sa fin, nous devons malheureusement rendre l'antenne, vous trouverez l’explication du Fermaton sur le blog : Fermaton.com.

Je vous remercie, chers auditeurs, de nous avoir suivi et un grand merci à Georges d’avoir bien voulu répondre à toutes nos questions.

Demain, nous irons à la rencontre du blog de Rosae, déclarations médiévales et mystiques. Bonne soirée à tous !

C'était Nicolas pour Radio Blog !

 

 

 

                          

 

 

                                                                                             Christie Jane (Mars 2011)

 

 


Repost 0
6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 14:01

Pour cet atelier, nous avions comme consigne d'utiliser ce qu'on appelle "Le choeur".

Comme exemples :

le choeur antique : D'un côté les personnages se parlent entre eux, ils représentent la voix du peuple, ils font les commentaires ou posent les questions. De l'autre, des gens qui agissent, qui décident.

Le choeur moderne : Une entreprise avec les décideurs et de l'autre côté le choeur des employés.

 

Pour ma part j'ai décidé d'utiliser une scène de vie quotidienne avec la rumeur du voisinage...

(Je précise que toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait totalement fortuite et involontaire !)

 

 

 

332558812_0c0bfb3c5f.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Le son des choeurs 

 

 

 

 

 

 

Il s’est mis dans tous ses états à cause de ce fichu décodeur qu’il n’a pas réussi à régler. J’ai voulu bien faire en lui proposant de l’installer. D’habitude je me charge de tous nos appareils électroniques, mais cette fois-ci je ne sais pas ce qui a motivé Martin au point de l’installer tout seul. Dès que j’ai ouvert la bouche, il s’est mis à hurler que ce n’était pas si compliqué, qu’il n’avait pas besoin d’aide, etc. Il a crié si fort que les enfants sont sortis de leur chambre pour voir ce qui se passait. Evidemment cela n’a fait qu’empirer la mauvaise humeur de mon homme qui a sorti, toujours en hurlant, leur quatre vérités aux enfants d’abord, des flemmards, des bons à rien, qui s’en foutent de tout, qui ne sont pas fichus de collaborer dans cette famille, bref tout y a passé. Ensuite, ça a été mon tour : qu’au lieu de le regarder j’aurais pu m’en occuper bien plus tôt (c’est vrai que cela fait une semaine qu’il était dans un carton au salon), qu’au lieu de jouer le soir sur mon ordinateur j’aurais pu y penser mais bien sûr c’était trop me demander aussi !

Quand il est dans cet état, - c’est rare mais en ce moment il est tendu à cause de son travail -, il vaut mieux le laisser se calmer ; mais les enfants, vexés, n’ont pas pu s’empêcher de lui dire que pour une fois qu’il faisait quelque chose dans la maison, forcément ça se passait mal !

Il est parti, furieux, s’enfermer dans son bureau à l’étage en claquant la porte et les enfants, faisant de même, dans leur chambre.


Soulagée que tout le monde se calme dans son antre, j’ai commencé à lire la notice d’emploi du décodeur. Après quelques tâtonnements, prise Péritel remise du lecteur DVD au téléviseur et recherche de chaînes, je suis enfin tombée sur le canal qui intéressait mon mari et j’ai soudain compris pourquoi il s’était mis dans un tel état. La Formule 1 ! Les essais n’ayant pas encore commencé, j’ai tout remis en place et je suis allée chercher mon bougon Martin dans son bureau. Gêné, il m’a regardé entrer. Je lui ai dit que les essais du Grand Prix allaient bientôt débuter et qu’il avait eu raison de s’être « un peu » énervé c’était pas si facile à installer. Il faut bien parfois ne pas aggraver une situation si peu importante. Il a souri et s’est excusé de s’être fâché si fort pour si peu de choses et m’a remerciée pour la mise en fonction de l’appareil, heureux de pouvoir regarder son émission. Il m’a demandé si les enfants lui en voulaient et je lui ai dit que non, qu’ils écoutaient de la musique dans leur chambre. J’ai prévenu toute ma petite famille que je profitais de ce moment pour aller faire quelques courses dans le quartier.


Sitôt sortie sur le palier, j’ai entendu des voix à l’étage au-dessous :

 

-       Je me suis demandée s’il fallait appeler la police !

-       Moi je pense qu’il a dû boire un verre de trop !

-       Oui moi aussi, mais il a cogné fort sur sa fille !

-       Non, je ne pense pas qu’il a cogné sa fille, mais on dirait qu’il a tout cassé car tout le monde criait en même temps !

-       C’est bizarre, mais d’habitude on ne les entend pas les Charbonnier.

 

Je me suis raidie en entendant notre nom et j’ai compris que tout l’immeuble avait entendu les éclats de mon mari.

Je suis descendue, ai salué mes voisines et voisins en piquant un joli fard.

 

-       Tout va bien Madame Charbonnier ?

-       Vous savez on peut vous aider, si vous avez besoin ?

-       Comment vont les enfants ?

-       Ils peuvent venir goûter à la maison quand ils veulent, vous savez.

 

J’ai vaguement bredouillé des : merci, tout va bien, une autre fois et suis vite repartie vers les commerces en entendant dans mon dos :

 

-       Vous ne trouvez pas qu’elle a une joue plus rouge que l’autre ?

 

Comme j’entrais dans la boulangerie, ma voisine de palier imitait mon mari pour raconter à la boulangère nos frasques familiales en prenant une grosse voix. Et la boulangère :

 

-       Vous voyez, je n’aurais jamais pensé qu’il battait sa femme Monsieur Charbonnier, comme quoi l’habit ne fait pas le moine !

 

A ma vue, le sujet de conversation s’est vite mué sur la météo d’hier et de demain.

Ça y est, une rumeur court sur notre compte ! On est bien ! Satanées courses de Formule 1 !

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                      Christie Jane ( Novembre 2010)

 


 

Repost 0
26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 21:04

 

Pour cet atelier d'écriture le thème était : Une revanche.

Dans un jeu : essai de gagner. Une revanche sur la vie, sur quelqu'un, compensation : on rattrape quelque chose qui n'était pas bien. Deuxième victoire.


(Une histoire entendue aux infos m'a inspirée, vous vous en rappelez peut-être...)


 

 

6702547381_6246578de3.jpg

 

 

 

 

 

 

La revanche d'un SDF

 

 


 

 

C’était devenu un rituel. Chaque matin et soir, sur le chemin de mon travail, je passais devant lui et ses affaires qui se résumaient à un sac de couchage usé, une couverture rouge en patchwork trouée, un baluchon lui tenait lieu d’oreiller ou de table c’est selon, un vieux couvre-chef retourné pour la charité, un réchaud à alcool et une tasse en métal. Vitale, la tasse ! Surtout pour le café. Il adorait son café. D’ailleurs c’était un sacré bricolage de le faire, chauffer l’eau ça va encore, le filtre : un collant. Le précieux liquide coulait goutte à goutte dans la tasse. Un café exceptionnel ! Oui, oui. Si par malheur il venait à manquer, je le voyais instantanément à sa mine défaite. Alors, action réaction, je lui mettais un plus gros sou dans le chapeau et plus tard en faisant mes courses je doublais ma ration de café pour lui en déposer le soir. Ce furent ses plus beaux sourires. Dès qu’il voyait le paquet brillant, il brillait aussi. Je lui prenais ma marque préférée : Espresso de Mondart. Le matin, il m’en proposait toujours une tasse que je refusais par manque de temps. Il me disait alors : A charge de revanche, M’dame !

 

Depuis qu’il n’est plus  à sa place, là sur le trottoir, je réalise à quel point il est important dans ma vie et à quel point tous ces petits détails de notre quotidien commun sont importants dans ma vie. Il me manque déjà ! J’imagine le pire : le tabassage par des voyous en mal de bagarre, la rafle de police, l’expulsion par les propriétaires du trottoir ou même pire : la mort.

Toute ma monnaie était réservée pour ne pas me trouver à court lorsque je passerais devant lui et son chapeau. Je ne me le serais pas pardonné si je n’avais rien eu à lui donner. C’était ma façon à moi de m’excuser d’avoir la chance de vivre dans un chez-moi bien douillet et chaud.

J’aimais bien sa voix. Suave, chaude, enveloppante comme un manteau rassurant. Elle tranchait avec ses couches de pulls élimés en laine, son écharpe et ses gants qui criaient tant le froid. On se disait peu de choses, mais ces petits mots de la vie de tous les jours qui font que nous sommes vivants. Bonjour, Bonne Année, Il fait meilleur aujourd’hui. Tintement dans le chapeau : Merci, bonne journée, vous de même, merci. Un jour il m’avait dit aller régulièrement dans un cyber café pour se réchauffer et enregistrer des annonces. Il avait de l’espoir dans le futur. Pas le genre à baisser les bras.

 

Ce soir je rentre la tête basse. Toujours pas là. J’ai acheté deux paquets de café. Ça me rend triste pour la deuxième fois de la journée sans compter tous les autres moments où son absence m’a trotté dans la tête, quand je suis allée en pause boire mon café, par exemple, moins bon que le « nôtre », c’est sûr, mais les souvenirs s’en fichent, ou quand je suis allée faire les courses pleine d’espoir en achetant son paquet d’Espresso.

Il ne reste aucun indice sur le trottoir qui me dirait qu’il va revenir. Rien, pas même un bouton.

 

Pourtant une nouvelle incroyable va me tirer de mes doutes. Quand j’allume la télé pour l’heure des nouvelles.

Depuis ma cuisine, j’entends les titres dont un qui retient mon attention :

« Un SDF à la voix en Or passe de la rue au succès grâce à Internet. »

Je jette un œil et, oui, oui, oui, c’est lui ! Incroyable ! C’est mon SDF !

Il est beau, tout rasé de près et passé chez le coiffeur !

Il n’en revient pas lui-même. Il raconte. Il se raconte. Il nous raconte. Il regarde bien l’écran et me dit :

A charge de revanche, M’dame ! Je ne vous oublie pas. C’est grâce à vous que j’ai pu aller au cyber café tous les jours enregistrer mes annonces sur Internet jusqu’à ce que ça marche au-delà de mes espérances ! Merci à tous ceux qui ont mis une pièce dans mon chapeau et pour ceux qui ne le font pas, pensez à ce que cela pourrait changer dans la vie d’un SDF, une petite pièce !

Sa voix chaude et rauque a séduit une station de radio où il vient de signer un contrat d’embauche.

Je n’en reviens pas ! Excellent ! Exceptionnel ! Je ris, je pleure, la vie est belle et je vais de ce pas me faire un café pour fêter l’événement !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                            Christie Jane (Janvier 2011)

 

 

 

 


Repost 0
16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 05:30

Le thème de cet atelier : Un personnage hors de son cadre de vie, une parenthèse dans la vie, accident, etc. Un endroit où personne ne le connaît et où il ne connaît personne... Choc, délivré de ses habitudes.

 

 

 

 

 

 

  2007---Ete-275.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prisonnier d'une île

 

 

 

 

 

 

 

 

-       Non Monsieur, je suis vraiment navrée mais il n’y a plus de retour 

        possible sur le continent pour ce soir.

-       Mais le chauffeur du car m’a dit que c’était pas ce bateau mais le

        suivant.

-       Je suis désolée, Monsieur, mais je peux vous assurer qu’il n’y a plus de

        bateau aujourd’hui. Il faudra attendre demain matin.

-       Pourquoi m’a–t-il dit cela alors ?

-       Il s’est trompé, ou a fait de l’humour. Allez demander à l’Hôtel des Trois

        Moutons en descendant l’église, il leur reste certainement une chambre

        pour cette nuit.

-       Pouvez-vous joindre le capitaine ? Ils sont encore tout près.

-       Non, Monsieur, nous avons des consignes. De plus, il y a deux cents

        cinquante personnes à bord de ce navire, qui ont, eux aussi, des projets

        pour ce soir.

 

L’hôtesse de caisse commence à perdre patience ; cela se sent aisément à sa façon de répondre à son dernier client. Fatiguée, elle a envie de rentrer chez elle, sa journée terminée depuis un quart d’heure.

 

Il est sorti sans même dire au revoir. Anéanti par la nouvelle, sans arriver à la croire. Prisonnier sur une île ! D’accord, pas n’importe laquelle : Ouessant, mais quand même prisonnier ! Pour une nuit, soit, mais toujours prisonnier !

De plus, il fait froid. Un vent déprimant souffle en rafale, pas question de dormir sur un banc, même en cette nuit de mois d’Août.

Marc décide de se rendre à l’hôtel que lui a indiqué l’employée de la gare maritime. Il ne sait plus le nom exact mais il ne doit pas y en avoir cinquante sur cette île avec des moutons, se dit-il en marchant. Cette nuit ne figurait pas à son programme. Il comptait reconquérir le cœur de sa belle, fâchée après une Xème dispute et lui proposer de partir quelques jours. Il est en vacances tout le mois d’Août et pour son premier jour, rien ne se passe comme prévu.

 

-       Ah ! Grand bien lui fasse ! Ce sera la première fois que je ne m’aplatirai pas devant elle après une prise de bec. Elle fera encore plus la gueule demain parce que j’aurai découché mais tant pis pour elle ! Si on ne s’était pas disputé, je ne serais pas venu sur Ouessant et je ne serais pas bloqué ici ce soir. C’est de sa faute et je le lui dirai ! pense-t-il.

 

Il arrive quelques minutes plus tard devant l’Hôtel des Trois Moutons, c’est vrai qu’on voit quelques exemplaires de ces bestiaux alentours.

L’accueil est chaleureux, il explique qu’il a raté le départ de la navette qui rejoint Brest à la réceptionniste. Celle-ci a apparemment l’habitude, elle sourit un peu plus que poliment, elle se marre même, on peut le dire carrément, mais bon, elle a sans doute raison, on ne va pas pleurer non plus. Il fait mine de rien, il faut bien garder une contenance quand on fait des bêtises. Elle lui trouve une chambre simple à un prix défiant toute concurrence. Il se demande d’ailleurs si l’Hôtel ne l’a pas prévue justement pour les nouilles dans son genre…

Par contre pas de resto mais une crêperie au coin de la rue, dans la maison au mur penché. Oui, oui, il l’a voit depuis où il se trouve. Elle est vraiment penchée, très penchée.


Marc a déjà mangé une crêpe à midi, un plus haut dans l’unique village d’Ouessant, mais tant pis.


Il a toujours vécu à Brest et entendu parler de cette île depuis son enfance. La querelle avec Nathalie l’a décidé pour y aller se changer les idées. C’est sympa mais il ne pourrait pas y vivre. Il n’y a rien, rien qui puisse le retenir. Il s’y ennuierait vite. Il faut être né sur une île pour y rester. Il en est là de ses pensées, en attendant sa crêpe au thon, quand il s’aperçoit qu’il est dévisagé avec insistance par un homme assis au bar. Celui-ci, d’un air entendu, s’invite à sa table, et, sans attendre de réponse, s’installe avec sa bière.

Commence alors une étrange discussion.

 

-       T’es pas matelot pas hasard ?

-       Non, non, je suis électricien chez Spie Vindel à Brest, pourquoi ?

-       Je cherche un matelot, le mien s’est tiré avec une meuf.

-       Ah et vous êtes pêcheur ?

-       Oui, mais pas de ce que tu crois !

-       Oh moi je ne crois rien, vous savez.

 

Marc a complètement oublié l’endroit et les circonstances pour lesquelles il est ici, il est complètement fasciné par ce vieux loup de mer bourru et mystérieux.

 

-       Je pêche des trésors.

-       Oh, oh !

-       Ouais mais pas ceux que tu crois !

-       Oh, mais je ne crois…

-       Ouais je sais ! Ça ne croit en rien et ça rate ses correspondances, hein ?

-       Heu, comment savez-vous cela ?

-       Sur une île, on sait tout !

-       Quels trésors vous pêchez ?

-       Ah ! Ça t’intéresse maintenant, l’air de ne pas y toucher ?

-       Oui, un peu. Vous m’avez mis la puce à l’oreille, alors…

-       Je fouille les épaves pour le département. Je récupère ce que je peux et eux

        ils retapent et engrangent dans les musées. Alors ça te plairait, t’aurait des

        couleurs t’es tout pâle, l’air marin ça requinque son homme !

-       Moi, mais je n’y connais rien en épave, plongée, navigation, et tout le

        toutim.

-       Bon tant pis, j’aurai essayé au moins. T’as une bouille sympa.

 

L’homme bourru se lève et s’en va.

 

Marc en est tout retourné. Il a l’impression qu’un autre monde s’est ouvert à lui pour aussitôt, trop vite, se refermer. Tous les enfants ont rêvé de découvrir des trésors. L’enfance n’est pas si loin, toujours tapie, prête à surgir à tout instant. Il aimerait en savoir un peu plus. Après tout, il a un mois de vacances devant lui, et si…

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                       Christie Jane (Octobre 2007)

 


 


 

 

2007---Ete-292.jpg

 

 

 

 


Repost 0

Présentation

  • : Christiejane
  • Christiejane
  • : Genres très variés de créations littéraires personnelles ainsi que mes lectures diverses et variées.
  • Contact

Droits d'Auteur

Le contenu de ce blog est protégé.

Toute reproduction, même partielle,

des textes est interdite sans mon

autorisation préalable.

 

N'hésitez pas à me contacter...

 

Merci de votre compréhension.

 

Christiejane

 

http://www.copyrightdepot.com/cd22/00049914.htm

Christiejane No. 00049914

Recherche

A l'oeuvre

IMG 9295

compensez le bilan carbone de votre blog avec bonial ">

Plantons un arbre