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 Tour de Mémoire

 

 


Mariza revient vivre dans sa ville natale après vingt ans d’absence. Un mariage, un enfant, un divorce. Tout est resté à trois cents kilomètres derrière elle. A quarante ans, elle a envie de reprendre sa vie là où elle l’avait laissée à vingt ans comme pour effacer le bon et le mauvais de toutes ces dernières années. Son fils est resté chez son père pour continuer ses études ; il a toujours été plus proche de lui que de sa mère.

Le contrat de trois ans dans la société qui employait Mariza est arrivé à échéance presque en même temps que son déménagement et n’a pas été renouvelé. On dirait que tout lui favorise un départ sans regarder en arrière.

Pour l’instant, elle s’est installée à l’hôtel. Le gérant lui a proposé un forfait mensuel qui équivaut à un loyer correct d’appartement.

Un matin, en se rendant à l’agence immobilière Touvimmo, elle voit dans la vitrine un homme en train de remplacer les affichettes des maisons à louer ou à vendre.

Vincent ! Un flash lui revient en mémoire.

Elle se revoit dans le pub irlandais du nord de la ville avec ce beau jeune homme, Vincent, qui n’avait d’yeux que pour elle. Il était transi d’amour. Mariza, elle, pas trop mais c’était très flatteur d’être adulée par ce magnifique jeune homme que toutes ses copines lui enviaient. Il est resté très beau, peut-être même encore plus maintenant, car ses tempes grisonnantes lui donnent un air de ressemblance avec Richard Gere. Mince, musclé, il ne s’est pas encore aperçu qu’elle le dévisage depuis l’extérieur. Elle entre et se dirige vers lui en s’exclamant :

-       Ça alors ! Vincent ! Quelle surprise !

Il se retourne, ouvre la bouche pour dire quelque chose, la referme et regarde Mariza avec un air mi-amusé, mi-contemplatif.

Il est vrai qu’à quarante ans, Mariza n’a pas tellement changé ; elle est svelte, élancée, habillée bon chic bon genre, toujours très coquette, ses longs cheveux noirs bouclés lui tombant derrière les épaules. Elle est très jolie. Son visage plaît car il est très avenant. Ses grands yeux noirs fixent les gens bien en face sans détours et elle arbore un petit air espiègle qui donne envie de sourire et d’engager la conversation.

Maxime n’a hésité qu’une seconde. Cela pourrait être amusant de se faire passer pour un autre auprès de cette belle plante. Rien qu’à entendre l’intonation de sa voix, il a repéré que le Vincent en question est une bonne surprise. La curiosité l’emporte. Il va être Vincent.

-       Eh ! Salut ! Comment vas-tu ?

-       Bien, je vais bien. Je viens m’inscrire dans cette agence pour trouver un appartement. Et toi, tu travailles ici ?

-       Oui comme tu le vois. Je m’occupe de cette agence depuis une dizaine d’années.

C’est donc une très vieille connaissance à ce Vincent se dit-il, parce que si elle ne réagit pas aux dix ans, la comédie risque de durer encore un peu. Bizarre qu’elle ne se soit pas encore aperçue de son erreur en entendant ma voix. Il paraît que c’est ce qui ne change jamais.

Mariza, elle, pense que décidément il est dix fois mieux qu’avant, ou alors c’est elle qui était aveugle à l’époque !

-       Alors, tu peux peut-être m’aider à trouver un appartement de deux ou trois pièces à un prix abordable ?

-       Certainement ! Va t’inscrire auprès de ma collègue et ensuite je t’offre un café ou ce que tu veux en face. On se parlera du bon vieux temps.

-       D’accord, merci.

Mariza se dirige vers la jeune femme derrière un bureau qui l’accueille avec un formulaire d’inscription.

Pendant ce temps Maxime n’en revient pas de son culot ! Comment va-t-il faire pour jouer le jeu. Il ne pensait pas que cela irait si loin ! Doit-il tout dire maintenant ? Il va passer pour un goujat et n’aura plus l’occasion de la revoir. Elle est si belle et si attirante. Bah ! On verra bien. Je tente le coup et après j’aviserai, se dit-il.

Il se glisse furtivement derrière elle au moment où elle remplit le formulaire et lit : Mariza Vallon. Il voit aussi qu’elle est divorcée et qu’elle vit à l’hôtel à deux rues de là. Il va chercher sa veste de costume et lui propose de le suivre lorsqu’elle a finit de remplir sa fiche.

-       Viens Mariza, je t’emmène au « Little Bear », mon bar préféré et surtout très pratique.

Dans le décor feutré du bar haut de gamme où Mariza se retrouve face à face avec Vincent, elle ressent soudain un doute. Serait-ce ce bistrot qui ne ressemble en rien au pub irlandais de sa jeunesse ou Vincent qui est devenu plus raffiné ? Il est aussi très galant. Il s’est peut-être bonifié avec l’âge comme le bon vin.

Elle se sent plus vulnérable qu’il y a vingt ans. Est-ce parce qu’elle sort d’une mauvaise passe ou est-ce la nostalgie d’un passé oublié. Le fait est qu’il ne faudrait pas grand-chose pour qu’elle tombe amoureuse de Vincent. Elle a tant besoin d’amour. A l’époque c’est elle qui jouait avec ses sentiments. Aujourd’hui elle sent bien que les rôles ont changé. C’est elle le jouet. J’espère qu’il ne s’apercevra de rien se dit-elle en lui souriant alors qu’il revient des W.-C.

-       Qu’est-ce que tu prends ? lui demande-t-il.

-       Un jus d’orange, s’il te plaît.

Maxime aime faire le service. En s’approchant du bar, il est de moins en moins assuré. Il se demande s’il a raison de jouer cette comédie. Cette femme a de la classe et n’a pas l’air aussi futile qu’il aurait pu le penser de prime abord.

Attendons de voir la suite des évènements, se dit-il en apportant les jus d’orange à la table.

Après un bref échange de banalités, Maxime demande à Mariza la raison qui la pousse à chercher un appartement, bien qu’il ait déjà sa petite idée sur la question.

En quelques mots Mariza le conforte dans ses pensées en lui expliquant sa situation.

-       Il est donc important pour toi de pouvoir t’installer dans un appartement très rapidement, si je comprends bien.

-       Oui, en effet. J’aurai l’impression de tourner la page définitivement.

-       De t’installer aussi dans une nouvelle vie ?

-       Oui, c’est exactement cela ! s’exclame Mariza.

Ce qu’elle ne dit pas c’est qu’elle trouve la sensibilité de Vincent surprenante et la voit d’un très bon œil. Elle se sent plus audacieuse soudain.

-       Et toi ? Tu es marié ? Des enfants ?

-       Non. J’étais trop individualiste étant plus jeune et ensuite je me suis mis à fond dans mon agence, du coup je me suis laissé avoir par le temps et me voilà presque vieux garçon, avec mes habitudes et ma solitude, aussi. Je dois l’admettre, parfois elle me pèse. Je me dis que je suis passé à côté de l’essentiel. Mais bon, je ne me plains pas et je ne suis pas encore trop vieux. Sait-on jamais.

-       Je n’avais pas l’impression que tu étais individualiste lorsqu’on se fréquentait. C’était plutôt moi qui ne voulais pas m’engager.

-       Oh ! Je cachais bien mon jeu ! Pour changer de sujet, voudrais-tu visiter quelques appartements dès ce soir ? Je finis à 18h00. Si tu veux, je te prépare trois ou quatre visites et ensuite je t’invite au Palazzo. C’est un superbe restaurant italien, si bien sûr tu aimes la cuisine méditerranéenne. Qu’en dis-tu ?

-       Quel super programme ! J’en serais ravie mais je ne veux pas bousculer tes habitudes de vieux garçon !

-       Ne t’inquiète donc pas pour cela ! De plus, les apparts, c’est professionnel !

Oups ! Trop tard. Il avait voulu plaisanter et le truc en trop était lâché ! Il sent immédiatement le froid qu’il a jeté sans le vouloir.

-       Je plaisante, bien sûr !

Il essaie de se rattraper. Zut, moi qui croyais que peut-être…. Folle, va ! Que crois-tu ? Qu’il va te tomber dans les bras comme s’il t’avait toujours attendue ? Faut arrêter de rêver, ma brave fille !

Pour sauver la face, Mariza dit :

-       J’aime beaucoup la cuisine italienne. Je passe te prendre à 18h00 ?

-       Ok. Je t’attendrai.

La visite des appartements a été fructueuse, Mariza a même trouvé quelque chose d’idéal. Il sera libre le mois suivant.

Après le restaurant italien, Maxime et Mariza ont entamé un début de flirt puis les jours suivants une relation amoureuse sans que Maxime ait eu le courage de lui annoncer qu’elle se trompait de personne. Pour un peu il aurait presque oublié son usurpation d’identité sauf bien entendu lorsque Mariza lui dit tendrement à l’oreille : Oh ! Vincent ! Je me sens bien auprès de toi.

L’amour s’installe petit à petit entre eux et rien ne peut les empêcher de s’aimer. Ils ont l’impression d’avoir vingt ans de moins et de vivre une première idylle. Ils ont un tas de points communs et s’entendent à merveille sur tous les plans.

Les jours et les semaines s’écoulent ainsi, et un beau jour…

Mariza revient de sa pause et s’installe derrière la caisse de la superette où elle a trouvé un travail « alimentaire » en attendant de trouver celui qui correspond à ses qualifications ; elle était assistante juridique lors de son dernier emploi dans un cabinet d’avocats et de juristes. Le client qui arrive avec son caddie plein est bedonnant et négligé mais il lui rappelle vaguement quelqu’un.

-       Vous n’auriez pas du papier d’emballage ? lui demande-t-il.

-       Non, non, bredouille-t-elle, troublée, c’est à l’entrée du magasin, à l’accueil.

-       Mariza ? C’est toi ?

-       Oui, mais j’ai de la peine à…

-       Vincent ! Tu ne me reconnais pas, hein ?

-       Vincent, oui bien sûr… mais tu as changé.

Mon dieu, il ne sait pas à quel point ! Mariza sent ses jambes se dérober sous elle. Des images passent à toute vitesse dans sa tête. Elle n’en revient pas, mais elle le reconnaît c’est bien Vincent ! Comment ai-je pu me tromper ?! Et si longtemps en plus ! Mais alors qui est mon Vincent ? Un autre Vincent ou alors…

-       Oui j’ai un peu changé ! La vie de famille, tu sais ce que c’est. On s’empâte un peu.

Parle pour toi se dit Mariza. Heureusement que tout le monde ne se laisse pas aller comme cela, où irait-on !

-       Oui, oui, je vois. Bon je ne peux pas traîner. Mon supérieur me surveille. Je n’ai pas le droit de parler trop longtemps.

-       Je comprends. A bientôt, je viens souvent dans ce magasin on se reverra.

A la fin de la journée Mariza a eu le temps d’analyser la situation. Une foule de petits détails commencent à lui sauter aux yeux. Comme le fait que Vincent, enfin l’autre, elle ne sait plus comment l’appeler, ne lui ait jamais dit de venir chez lui. Elle n’a que son numéro de portable pour le joindre. Il ne reçoit aucun courrier chez elle et à l’agence elle n’a jamais entendu sa secrétaire l’appeler autrement que Monsieur. Il ne lui a présenté aucun ami, ni famille. Il est vrai que leurs retrouvailles sont encore récentes, enfin, ce qu’elle croyait être leurs retrouvailles ! Que faire ? Que croire ? Il a pourtant l’air de l’aimer sincèrement. L’amour de Mariza est profond, elle s’est « lâchée » à corps perdu dans cette relation. Ne sachant comment réagir pour l’instant, elle décide de ne rien dire et de faire comme si de rien n’était jusqu’au moment où elle aurait pris une décision. Facile à dire mais avec la peur au ventre pas si simple.

Une idée commence à germer dans l’esprit de Mariza. Et si l’histoire se répétait, comment réagirait-il ? Elle décide d’en parler à une amie et de lui faire jouer un rôle dans le test qu’elle a décidé de faire passer à Vincent ou quel que soit son prénom. Aussitôt pensé aussitôt fait. Elle prend rendez-vous avec son amie pour le lendemain soir. Mariza n’avait pas encore revu Joëlle depuis son retour en ville mais elles sont suffisamment proches pour ne pas avoir perdu le fil entre deux contacts.

Chez elle, dans son nouvel appartement, elle échafaude son plan en attendant son amoureux dont elle appréhende le face à face. Son cœur bat la chamade.

Cela va être dur de cacher son trouble. De plus Mariza n’a pas envie de gâcher ce bonheur qui lui est tombé dessus sans crier gare. D’un autre côté, elle ne peut rester dans le doute et se faire avoir par quelqu’un qui se serait joué d’elle. Elle repense au bar « Little Bear » le premier jour de sa rencontre avec Vincent, elle supposait alors être vulnérable. C’était peut-être un signal d’alarme.

A 18h30, elle entend tourner la clé dans la serrure. Elle se recompose un visage serein et se colle un sourire. Tout va bien. Tout ceci n’est qu’un malentendu et il va se résoudre bientôt.

L’homme arrive, la prend dans ses bras et lui murmure un « Je t’aime Mariza » à l’oreille. Celle-ci, qui d’ordinaire répond de la même façon, se fait silencieuse et ne peut s’empêcher d’imaginer l’autre Vincent, le vrai, le bedonnant à la place de celui-ci et un frisson la parcourt le long de son échine.

Maxime sent que quelque chose d’anormal est en train de se passer. D’ordinaire Mariza est très câline et attentionnée. Elle se laisse aller à ses caresses et là il a l’impression d’avoir un chat toutes griffes dehors dans son étreinte. Elle ne répond pas à ses mots doux, il la sent tendue, raide. Il y a quelque chose qui cloche. Il recule, regarde Mariza droit dans les yeux et lui demande :

-       Ça ne va pas ? Tu as eu un problème au travail ?

-       Non, non, ça va. J’ai juste rencontré un vieil ami et cela m’a fait un choc. Il m’a annoncé qu’il était très malade.

L’espace d’un instant Maxime a imaginé que Mariza a découvert la vérité, mais l’énoncé de ce problème lui enlève tout doute.

-       Oh, je suis désolé. Que puis-je faire pour te changer les idées ? Lui demande-t-il.

-       Rien. J’ai juste envie de passer une soirée calme. Je ne vais d’ailleurs pas tarder à aller me coucher.

-       Ok. Alors je te prépare une omelette et une salade. Tu n’as qu’à mettre la table et t’installer.

Le lendemain, Mariza est impatiente de retrouver son amie. La journée se passe lentement et arrive enfin l’heure du rendez-vous. Le salon de thé où Joëlle et Mariza se retrouvent est presque vide. Les deux amies peuvent donc se parler en toute liberté. Joëlle est aussi surprise que Mariza de l’attitude du faux Vincent.

-       Tu n’as pas essayé de le suivre pour voir où il habite ?

-       Non, il vit pratiquement chez moi et jusqu’à hier rien ne me paraissait anormal.

-       Et tu es sûre que le Vincent que tu as vu hier est bien celui avec qui tu croyais être jusque là ? Enfin je me comprends !

-       Oui ! J’en suis certaine ! Cela m’a fait un flash et j’ai revu exactement son physique d’avant et mis à part son allure négligée et ses kilos en trop c’est lui ! Je ne comprends d’ailleurs pas maintenant comment j’ai pu confondre Vincent avec lui ! De plus le mien est beaucoup plus beau ! Cela aurait dû me frapper. Oh ! Joëlle je n’y comprends rien. Qui est-il ! De plus je l’aime vraiment. Moi qui croyait ne plus aimer personne.

-       Le problème est de savoir ce qu’il ressent, lui !

-       Oui, justement, j’ai un plan. Et c’est là que tu interviens.

-       Moi ? Génial ! J’ai l’impression de me retrouver ado. Je suis impatiente de connaître ton plan ! Vas-y raconte !

-       Tu vas faire exactement comme moi lorsque je l’ai vu ! Tu vas le confondre avec un Vincent et voir sa réaction. Mais avant cela tu vas appeler l’agence Trouvimmo et tu demanderas à parler au responsable, prétextant que tu es une propriétaire désireuse de louer son bien immobilier pour la première fois et que tu aimerais un entretien avec lui pour connaître toutes les modalités de la location. C’est au rendez-vous que tu vas lui faire la grande scène du douze et essayer de le piéger pour connaître sa véritable identité.

-       Oui, parce qu’il va devoir me donner son nom lors du rendez-vous et quand je le verrai, j’insisterai lourdement sur une ressemblance avec un Vincent avec lequel je serais allée à l’école. Et s’il ne dévoile rien, que fait-on ?

-       Je ne sais pas trop si je dois lui dire que j’ai vu le vrai Vincent. J’aimerais d’abord découvrir la vérité avant de le confondre. Sinon c’est un peu facile, il avait deux mois pour s’expliquer. Je n’arrive encore pas à croire qu’il m’ait menti.

L’heure du rendez-vous approche. Joëlle sait qu’il s’appelle Maxime Fouchet. Il le lui a dit au téléphone. Il avait une voix grave et chaleureuse et Joëlle est à présent impressionnée. Elle sent ses mains moites et humides. Le plan paraissait facile avec Mariza mais maintenant c’est autre chose.

Un homme arrive. Il ressemble parfaitement à la description que lui en a faite son amie. Il est bel homme. Je comprends Mariza. pense Joëlle.

Maxime lui sert la main, se présente, s’assied à la table et appelle le garçon.

-       Que buvez-vous Madame Voisard ?

-       Un thé noir, s’il vous plaît.

-       Un thé noir et un espresso s’il vous plaît, demande Maxime au garçon.

En se tournant vers Joëlle, il lui demande :

-       Alors cette maison, combien de pièces habitables a-t-elle ? Et en quelle année a-t-elle été construite ?

Zut, je n’avais pas pensé à tous ces détails. pense Joëlle.

-        Cinq pièces et 1983. C’était sortit comme cela sans réfléchir. Je ne me rappelle plus exactement la surface mais ce doit être environ 100 m2.

-       J’ai hâte de la visiter, car je pense déjà avoir des personnes intéressées pour la location d’une telle villa.

-       J’aimerais que nous parlions des modalités, car comme je vous le disais au téléphone je ne suis jamais passée par une agence pour louer la maison, mais étant donné que je vais m’éloigner, il faut que je me décharge des responsabilités qu’être propriétaire impliquent.

Joëlle se sentait de mieux en mieux dans son rôle de propriétaire.

-       Oui, je comprends bien. Nous prenons dix pour cent du loyer pour les frais et en contrepartie nous nous occupons de tout. Vous n’avez plus de soucis de loyers impayés ou quoi que ce soit. Nous engageons aussi des professionnels si besoin pour d’éventuels travaux en vous soumettant bien entendu les devis pour obtenir votre accord ; car ceux-ci sont à votre charge, bien entendu.

-       Oui, bien sûr. Ce serait bien pratique tout cela, effectivement.

Une fois la discussion d’affaire presque terminée, Joëlle se lance :

-       Vous savez que vous ressemblez trait pour trait à un ami d’enfance avec qui je suis allée à l’école et que si vous ne m’aviez pas précisé vous appeler Maxime, je vous aurais pris pour lui.

-       Ah ! Oui ? Et comment s’appelle-t-il ?

-       Vincent. Mais je ne me rappelle plus de son nom de famille.

Maxime la regarde intensément. Joëlle n’arrive plus à soutenir son regard, il a l’air de lancer des éclairs.

-       C’est Mariza qui vous envoie ? Lâche-t-il d’une voix coupante.

-       Pour être totalement honnête, oui, c’est Mariza.

-       Et je peux savoir pourquoi elle a besoin d’un chaperon pour régler ses comptes avec moi ??? Le ton de Maxime est glacial.

-       Elle se pose mille questions et avait peur de découvrir une vérité qui lui ferait mal. Elle a préféré la découvrir à sa façon. Il faut dire que cette histoire peut paraître louche à plus d’un point !

Joëlle a l’impression qu’elle doit défendre Mariza car elle sent une cassure chez Maxime qui a l’air dépité maintenant que la colère le quitte peu à peu.

-     Je n’ai pas osé la contredire le premier jour. C’était plus pour m’amuser au début et ensuite je n’ai pas su revenir en arrière. Je croyais qu’elle avait vénéré ce Vincent et si elle s’apercevait que je n’étais pas lui, elle me quitterait. Plus le temps a passé et moins je n’avais le courage de le lui dire. Comment l’a-t-elle su ?

-       Au magasin, un client est passé par sa caisse et c’était le vrai Vincent. Elle a eu un sacré choc.

-       Je me souviens de son air bouleversé avant-hier. C’était donc ça. Je me doutais que quelque chose clochait. Elle était soudain devenue différente. Distante. Vous savez, je l’aime et je ne veux pas la perdre, mais je crois que c’est trop tard à présent, non ?

Joëlle se sent mal à l’aise d’avoir joué cette comédie. Il a vraiment l’air sincère et ses explications sont on ne peut plus simples et logiques. Elle a pitié de lui.

-       Non, il n’est pas trop tard, elle est folle de vous et c’est ce qui l'a poussée à faire cette mise en scène. Elle avait besoin d’un paravent au cas où le choc serait trop dur à supporter. Je suis sûre qu’avec la franchise dont vous venez de faire preuve avec moi elle comprendra très bien.

D’un commun accord, ils décident d’aller au magasin retrouver Mariza sur le champ et de tout lui expliquer. Joëlle espère juste qu’elle saura lui pardonner.

Quant à Maxime, il croit que le Vincent en question était un homme génial. Il appréhende la rencontre.

Mariza en les voyant arriver tous les deux comprend que quelque chose de positif est ressorti du rendez-vous, rien qu’en voyant la mine réjouie de Joëlle et celle contrite de « Vincent ».

-       Bonjour, je m’appelle Maxime Fouchet et j’aimerais vous inviter à prendre un verre au café d’en face. Etes-vous libre pour prendre votre pause avec moi ?

-       Même plus qu’une pause ! répond Mariza soulagée et heureuse de cet échange.

A cet instant, le vrai Vincent entre dans le magasin. Mariza l’appelle. Il s’approche d’eux et Mariza fait les présentations : Vincent, je te présente mon amie Joëlle et mon ami Maxime Fouchet en décochant à celui-ci un clin d’œil peu discret et en gonflant ses joues. Maxime part d’un immense éclat de rire et ne peut plus s’arrêter. Il rit aux larmes. Soulagé, il se sent définitivement rassuré sur les sentiments de Mariza.

Cette fois, tous les espoirs sont permis.

 

 

 

 

 

 

                                                                                                         Christie Jane (2005)

 

 

 

 

 

 

TEXTE REMARQUE AU CONCOURS SPEPA 2005

Diplôme reçu avec les encouragements du Jury.

 

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