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La maison Piberne

 

 

 

 

Vieille de cent ans, la maison Piberne trône au centre du village Ferras.

Elle a fière allure avec sa grande tour centrale servant d’entrée puis d’escalier desservant les trois étages. Construite par la famille Piberne, de riches commerçants, au début du vingtième siècle pour leur seul usage, elle comportait  vingt deux pièces, trois salles d’eau, deux cuisines, une grande cave, un cellier et un grenier. A présent, et depuis les années soixante, elle est aménagée et divisée en trois appartements, chacun sur un étage.

J’ai quatre-vingts ans et cela fait soixante ans que je vis en face de la Maison Piberne. Je n’ai pas la télévision alors je compense par l’observation quotidienne des habitants de cette maison et exclusivement ceux-là. Je prends aussi des notes. Cette occupation me passe agréablement le temps en plus d’être amusante et riche d’enseignements. Au début je ne notifiais que les dates d’aménagements ou de départs des locataires pour me mettre au courant de la vie du quartier, la maison appartient en totalité au village, le dernier propriétaire, sans descendant, l’a léguée à la commune de Ferras, mais depuis que je suis en retraite de l’éducation nationale, déjà vingt ans, je transcris tous les évènements que je constate. Chaque jour je retrouve cette excitation qui me pousse à me lever, faire ma toilette, préparer mon petit déjeuner et m’installer avec mon plateau sur la table devant ma fenêtre où la vue est la plus complète de la maison.

Je vois la tour, donc toutes les allées et venues intérieures et extérieures de mes voisins ainsi que les six fenêtres de chaque étage, trois de chaque côté de la tour qui elle-même en compte une à chaque palier.

Ce matin, j’ai sorti un cahier tout neuf du placard tout excitée à l’idée de commencer le quatre-vingtième journal de la Maison Piberne. Mes livrets sont numérotés avec les dates de début et de fin de période concernée.

Je m’apprête à commencer mon nouvel en-tête : Samedi 21 avril 2007 – 07h00. Et je commence :

La chambre à coucher de Julien Leroix (au deuxième étage) est faiblement éclairée, il doit lire au lit comme tous les samedis matin puisqu’il ne va pas à son bureau. Il ne se passe encore rien au premier chez la famille Dumesnil qui a deux enfants, un garçon de huit ans et une fille de douze ans.

Madame Bonfol, au rez-de-chaussée, est déjà partie acheter son pain comme tous les jours à 06h45. Elle se lève très tôt et ne reste pas en place. Peut-être ira-t-elle chez le coiffeur aujourd’hui car cela fait un mois depuis la fois précédente.

Tiens, Julien Leroix s’est levé, il ouvre sa fenêtre, il est en pyjama. Bizarre, d’habitude il attend huit heures. On est bien samedi pourtant, oui, oui, j’ai mon calendrier contre le mur. Ah ! Au premier, on bouge aussi ! Madame Dumesnil secoue les couettes des lits des enfants. Ils sont bien matinaux, que se passe-t-il aujourd’hui ?

Il est vrai qu’il fait un soleil magnifique et que c’est le printemps mais on ne chasse pas ses habitudes aussi vite. Madame Bonfol revient. Elle ne peut pas s’empêcher de regarder dans la boîte aux lettres, c’est plus fort qu’elle. Le facteur ne passe qu’à dix heures mais à chaque fois qu’elle entre dans l’immeuble Madame Bonfol vérifie. Bien sûr, elle rentre bredouille si on en excepte sa baguette et je la vois s’affairer dans la cuisine avant de s’attabler devant un bol, un pot de confiture et quelques morceaux de pain.

J’en profite pour boire mon thé et manger un toast entre deux annotations. Monsieur Leroix a fini sa douche, il entreprend d’ouvrir toutes les fenêtres et s’active à faire son ménage. De plus en plus bizarre, il le fait généralement le lundi soir en rentrant du travail. Les enfants Dumesnil préparent chacun un sac avec leur peluche, pyjama et brosse à dents, je me suis équipée de mes jumelles pour l’occasion car ce n’est pas un samedi ordinaire me semble-t-il, je sens une effervescence inhabituelle. Il est sept heures trente et Madame Bonfol a déjà tout rangé. Elle remplit son sac avec ce que je crois être un livre et ressort de chez elle pour vérifier encore une fois le contenu de la boîte aux lettres, vide, naturellement puis s’en va se planter sur le trottoir en attendant visiblement quelqu’un ou quelque chose. Monsieur Leroix referme toutes ses fenêtres et son appartement, et descend les escaliers de la tour. Décidemment rien n’est comme d’habitude, cela me déstabilise un tant soit peu et m’excite en même temps. Il rejoint Madame Bonfol et à ma stupéfaction ils se saluent et bavardent ensemble !  Ça c’est un scoop ! A part un bonjour, bonsoir de temps à autre ils ne se côtoient pas du tout.

On dirait qu’ils attendent ensemble quelque chose. Madame et Monsieur Dumesnil appelent leurs enfants et ferment à leur tour l’appartement pour s’en aller rejoindre … Madame Bonfol et Monsieur Leroix sur le trottoir ! Les deux enfants ont l’air bien énervé, ils se chamaillent, sautent et se courent après mais les parents se sont joints à leur voisin et les voilà qui papotent tous ensemble ! C’est vraiment une journée incroyable, je n’en espérais pas tant pour l’ouverture de mon nouveau cahier. Il est près de huit heures et ils donnent vraiment l’impression d’attendre quelqu’un. Puis ils lèvent tous ensemble la tête et me regardent. Mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Je suis surprise ils ne font jamais attention à moi. Je ne sais plus que penser. Soudain une camionnette blanche vient se garer devant la Maison Piberne et je vois le chauffeur en sortir et saluer les habitants que je ne distingue plus qu’à travers la vitre côté passager de la camionnette. Deux autres hommes commencent à sortir tout un tas de matériel de l’arrière du véhicule. Mes voisins ont toujours l’air de parler avec le conducteur en montrant leur immeuble à grands coups de bras. Ensuite les trois gaillards, bien charpentés soit dit en passant, rentrent dans la maison avec chacun une bonbonne accrochée à leur dos, des masques à gaz et des espèces de lances de pompiers. Ils ont une combinaison blanche et tout paraît surréaliste. Les locataires traversent tous ensemble la route et ensuite je ne les vois plus.

J’en profite pour aller au cabinet de toilette. En sortant, comme on frappe à ma porte, je vais ouvrir et qu’elle n’est pas ma surprise de voir les six habitants de la Maison Piberne sur mon pas de porte. Je reste sans voix et c’est Monsieur Leroix qui s’éclaircit la voix et me demande :

 

-       Chère Madame, voilà, nous avons une requête un peu particulière à vous formuler. Nous habitons la maison d’en face et des spécialistes sont en train de la traiter contre les cafards, oui nous en sommes envahis. (Tiens, me dis-je, je n’avais pas remarqué cela.) Nous avons constaté, reprend-il, que votre fenêtre a la meilleure vue sur nos trois appartements et nous aimerions pouvoir profiter du spectacle, en essayant de vous déranger le moins possible et le moins longtemps naturellement, de toute façon nous devons emmener les enfants chez des amis à eux pour qu’ils puissent y passer la nuit, c’est ce qu’on nous a conseillé à cause des produits chimiques. Nous sommes juste un peu curieux de voir leur façon de procéder.

 

Je prends ma petite voix pour leur dire :

 

- Mais bien sûr, permettez-moi juste de ranger une ou deux petites choses avant de vous installer devant la fenêtre et si vous n’y voyez pas d’inconvénient je vous tiendrai compagnie !

 

 

 

 

                                                                                                         Christie Jane (Avril 2007)

 


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