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La Collectionneuse

 

 

 

 

 

 

En passant devant la vitrine de cet antiquaire, je suis stoppée net dans mon élan au risque de faire un carambolage sur le trottoir. Impossible de détacher mes yeux de cet éventail ! C’est celui que je cherchais inconsciemment depuis toujours car jamais je n’avais eu d’émerveillement aussi soudain qu’immédiat devant un tel objet. On peut presque dire que je suis collectionneuse d’articles de décoration murale car j’aime à confectionner une paroi originale. Il n’y a pas assez de cloisons chez moi tant j’ai des idées et des projets, à tel point que je me suis mise à orner les murs de mon palier au grand plaisir de mes voisins qui me font sans cesse des compliments, que, bien sûr, j’entretiens en leur changeant le décor régulièrement tels des tableaux que l’on déplace à son gré.

Toujours immobile sur ce trottoir, je me décide à entrer dans la boutique pour connaître le prix de l’objet du désir. Je l’observe encore un peu pour cette fois en estimer la valeur selon son état général. Très grand plus de quatre-vingt centimètres d’envergure, je pense, ou peut-être soixante, j’ai du mal à évaluer à l’œil les dimensions, certainement en provenance du Japon  en raison de son bois, du bambou, mais surtout grâce à ces deux jolis paons se faisant face, entourés de fleurs de lotus le tout sur un fond violine extraordinaire ! Ce violine donne un côté mystique à l’ensemble.


En entrant, je suis immédiatement choquée en apercevant sur le comptoir une tasse en terre cuite remplie de pailles. Que ça jure dans le décor ! Quelle faute de goût ! Et là, vous, le lecteur, êtes complètement d’accord avec moi j’en suis persuadée. Imaginez : des meubles antiques de belle facture à gauche et à droite d’un tapis rouge, de superbes tapisseries au mur, des lampes en cuivre disséminées un peu partout. Même la caisse enregistreuse est un ancien modèle, tout est le reflet d’un magasin d’antiquités tel qu’on se l’imagine, sauf cet horrible amas de pailles, plastique moderne et polluant, objet incongru. Passe encore pour la tasse on l’aurait volontiers excusée si elle n’avait été affublée d’une si mauvaise compagnie.


Juste à côté du comptoir, une vitrine remplie de bijoux d’autrefois en argent, certains avec des pierres précieuses ou semi-précieuses, attire mon regard. En plus de la décoration murale, j’ai un faible pour les joyaux ! Eh oui, à chacun ses vices ! Un collier en particulier me séduit d’une façon tout aussi indécente que l’éventail. Il est mystérieux. En argent, façonné à la main probablement, un tour de cou dont je ne vois pas le mécanisme d’ouverture tant il est bien caché. Ses motifs m’intriguent. Des bras et des jambes ; mais où sont les têtes ? Les troncs ? Une image abstraite ou vaudou ? Allez savoir ! Il me plaît c’est l’essentiel ! Mais attention, car certains bijoux portent en eux la mémoire de leurs propriétaires précédents.


L’antiquaire pousse un rideau qui sépare l’arrière boutique. Elle tient à la main un grand verre de jus de fruit avec … une paille plantée dedans ! Je commence à mieux comprendre pourquoi cet horrible objet trône sur le comptoir.

-       Bonjour Madame, excusez-moi si je vous ai fait attendre, je suis allée faire le plein de jus d’orange et je ne vous ai pas entendue entrer.

-       C’est pas grave, j’ai eu le temps d’admirer une partie de vos merveilles. Vous avez une très jolie boutique bien achalandée, Madame. Tout en lui disant cela je fixe avec insistance la tasse remplie de pailles.

En suivant mon regard, l’antiquaire, rit soudain et me lance :

-       Oui, d’un goût douteux, les pailles, n’est-ce pas ? C’est toujours ce qu’on me dit. Mais elles amusent les enfants qui s’ennuient rapidement ici et je ne peux plus m’en passer pour boire !

Je ris aussi d’avoir réagit comme tout le monde et finalement qu’elle importance ? Cette femme est très sympathique et naturelle.

J’ose alors lui demander :

-       Dites-moi, vous avez dans votre vitrine un magnifique éventail, celui avec les deux paons, quel est son prix ?

-       Il est trois cents euros. Provenance du Japon, d’ancienne facture, je dirais avant les années 1940. Sa couleur est très rare pour l’époque. Il est en parfait état, comme neuf. Je vais vous le sortir de la vitrine pour que vous puissiez le contempler à votre guise.

-       Merci, volontiers. Le prix est correct mais c’est une dépense que je n’avais pas prévue.

-       Et si un autre objet vous plaît dans ma boutique je peux éventuellement vous baisser un peu le prix.

Elle a dû voir ma mine pour me faire cette proposition ou alors elle fait cela à tous ses clients pour qu’ils repartent avec plusieurs objets.

-       Alors dites-moi aussi le prix de ce collier tour de cou, là dans la vitrine. Celui en argent avec les bras et les jambes.

-       Ah ! Ah ! Madame a bon goût, je vois ! Il vaut au moins cinq cents euros mais à ce prix-là j’ai bien peur de ne pas le vendre.  Si vous prenez les deux articles je vous les fais pour six cents euros au lieu de huit cents. Qu’en pensez-vous ?

-       Ouh ! Bon, allons, soyons folles ! J’accepte ! Ça fait du bien parfois de faire des folies et tant pis pour les économies !

-       Parfait alors je vous emballe tout cela. Le tour de cou vient d’Amazonie, je ne connais pas très bien son parcours mais son propriétaire avait l’air ravi de s’en séparer. J’espère qu’il n’est pas maudit !

-       Je m’en fiche car j’ai l’intention de le mettre sur ma porte d’entrée, je trouve qu’il sera parfait à cet endroit !

La dame s’arrête un instant d’empaqueter pour me regarder et voir si je plaisante. Elle constate que non et se remet à l’ouvrage.

-       C’est original ! Je n’y aurais pas pensé.


Je sais exactement comment je vais disposer mes deux nouvelles acquisitions. L’éventail sur le mur de ma chambre d’où je pourrai le contempler de tout mon soûl dès mon réveil et le collier sur la porte d’entrée, côté intérieur en raison de sa valeur. Je pourrai ainsi le voir lorsque je m’apprêterai à sortir.

De retour chez moi le soir, je déballe et admire mes précieux objets. Que ne vois-je pas au fond du sac ? Une bonne dizaine de pailles cerclées par la carte de visite de la commerçante ! Ah ! Je ne risque pas de l’oublier ! La coquine !

 

 

 

 

 

 

                                                                Christie Jane (Décembre 2010)

 

 

 

 

 


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