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L’héritage

 

 

 

 

 

Le notaire m’a prévenue, mais je ne me suis pas attendue à cela.

Je suis devant mon héritage et je n’arrive pas à le croire !

 

En résumé : il y a un mois, une secrétaire d’un cabinet notarial de Sion m’a contactée pour une prise de rendez-vous concernant une succession. J’ai eu beau me creuser la cervelle, je n’ai pas pensé de quel membre de ma famille il pouvait s’agir. Je n’ai pas été prévenue d’un quelconque décès et mes proches non plus. Résidant et travaillant à Genève, il a donc fallu que je m’organise. J’ai pris une journée de congé pour me rendre à Sion dans le but de rencontrer ce notaire. J’ai supposé que le ou la défunte a résidé non loin de là.

Lors de notre rendez-vous, l’homme de loi m’a appris qu’une grande tante a légué tous ses biens à la plus jeune personne de sa famille afin d’en faire bon usage. Après enquête minutieuse, il s’avère que la personne la plus jeune, c’est moi ! A ce moment-là, je peux vous dire que toutes les idées saugrenues vous passent par la tête ! De l’or, des bijoux, de l’argent, des biens immobiliers ou je ne sais quoi tout en sachant aussi qu’il ne faut pas trop rêver. En même temps s’il y a héritage il y a forcément quelque chose à hériter ! En effet, le notaire m’a vite remis les pieds sur terre en m’expliquant :

-       N’imaginez rien, elle n’avait qu’une vieille maison au-dessus d’Anzère au milieu de nulle part. Elle voulait juste qu’un jeune couple la retape et qu’elle reste dans la famille, puisque cette maison y est depuis plusieurs générations. Je ne sais pas combien au juste.

Ouah ! Une maison ! C’est super. Mais là encore le notable a fait retomber mon enthousiasme.

-       Ne vous faites pas trop d’illusions, elle est vraiment en mauvais état. Votre grande tante y a vécu jusqu’à sa mort il y a deux mois. Elle avait quatre-vingt cinq ans.

Je me suis dit que si elle pouvait y vivre, je le pourrais aussi.

 

Aujourd’hui je me trouve devant cette maison avec Guilaine ma meilleure amie et je n’en reviens pas.

 

Durant la pénible excursion qui nous a conduites jusqu’ici, toutes les idées se sont à nouveau insinuées dans mon esprit. J’ai essayé d’imaginer cette grande tante, sa maison, sa vie. C’est bizarre mais je n’y suis pas arrivée. Devant la maison dont j’ai héritée, nous nous trouvons devant un tas de cailloux immense avec des trous partout. Comment une femme de quatre-vingt cinq ans a pu vivre là et si longtemps ? Pour venir ici j’ai pris une semaine de vacances. Avec Guilaine on devait aller au bord de la mer et on s’est dit qu’à la place la montagne dans une maison rien que pour nous ce serait vraiment extra. Mais je commence à regretter amèrement la mer, la plage en sirotant un cocktail…

 

Il a déjà fallu marcher deux heures pour arriver jusqu’ici, à tel point que j’ai cru que le notaire s’est trompé dans son plan. Cette baraque ne mérite même pas le nom de maison ! Les volets sont décrochés et pendent lamentablement, enfin ce qu’il en reste car ce sont des lambeaux de bois. La porte d’entrée bringuebale et grince en l’ouvrant, d’ailleurs il n’y a pas de poignée, il suffit de la pousser un peu pour entrer dans la masure. A l’intérieur, une odeur de ranci m’écoeure aussitôt. Je n’ose regarder Guilaine, de peur de pleurer ou de rire je ne sais plus. On entre directement dans la cuisine où un poêle à bois borde un évier en pierre.

Une chaise et une espèce de petite table faite dans une souche composent le centre de la pièce. Je ne vois nulle part de w.-c. Même pour des vacances à la dure, nous ne sommes pas assez équipées.

 

Guilaine ressort et m’appelle :

-       Regarde cette vue ! Au moins il y a quelque chose de merveilleux ici ! elle doit sentir ma déception à des kilomètres à la ronde.

-       Ouais, c’est chouette ! je marmonne.

-       J’aurais mieux fait de refuser la succession. lui dis-je.

-       Mais non ! C’est une chance. Il te faut juste trouver quelques personnes bricoleuses et je suis certaine que tu peux en faire quelque chose de bien. Un chez soi à soi c’est génial !

 

Elle a peut-être raison, je vois tout en noir, avec un peu d’imagination, un bon nettoyage et beaucoup d’huile de coude cela devrait nettement aller mieux. Cela ne coûte rien de le croire en tout cas. En attendant il est temps de décider si nous dormons ici cette nuit. Guilaine me convainc de rester. Il ne peut rien nous arriver dans ce bled paumé. Bon, que nous faut-il ? De l’air dans un premier temps. J’ouvre l’unique fenêtre de la cuisine non sans mal. Elle est collée, je dois forcer en espérant qu’elle ne me reste pas dans la main. Pour la chambre impossible de grimper si haut même à l’aide de la chaise. Tant pis, il faudra une échelle à l’occasion.

Guilaine a trouvé un balai. Il y a une remise à ciel ouvert derrière la chaumière, nous l’inspectons pour y trouver quelque chose d’utile, mais à part quelques outils rouillés, il n’y a rien. Nous retournons dans la chambre et Guilaine me fait la courte échelle pour que j’aère cette pièce. J’y parviens à grande peine car cette petite fenêtre n’a jamais dû être ouverte. Ensuite j’empoigne le matelas pour le retourner et je regarde avec stupeur des dizaines de fourmis géantes, imprimées sur des billets de banque, bien alignés sur le sommier.

Guilaine s’esclaffe :

-       Oh ! Des anciens billets de mille francs suisses ! Tu crois qu’ils sont toujours valables ?

Je n’en reviens pas. Je commence à apprécier cette maison. Nous comptons les billets, il y en a trente exactement. De quoi commencer des travaux dignes de ce nom pour donner une âme plus chaleureuse à cette bicoque.

-       Pour fêter cela on va se boire un coup, je la gardais pour ce soir mais c’est trop beau pour rater une occasion pareille. propose Guilaine en sortant de son sac une bouteille de blanc et deux sandwichs.

Dans un coin de la cuisine, il y a un petit carton que je n’ai pas vu avant. Je l’ouvre et trouve quelques babioles et des croquis de la maison alors qu’elle devait être dans la pleine force de l’âge. Ce n’est pas avec trente mille francs que je la referai ainsi mais je compte bien la garder et en faire un chez-moi. J’aurais bien voulu savoir pourquoi ma grande tante vivait si simplement et isolée de tous. En fouillant dans le fond du carton je trouve son acte de naissance et ses papiers importants. Il faudra que je mène mon enquête, j’ai envie d’apprendre à la connaître. Cet endroit est bien trop éloigné pour y vivre au quotidien mais pour les week-ends ou les vacances ce sera parfait. Et si les billets de mille ne sont plus valables tant pis, j’essaierai de faire de cette baraque quelque chose qui me ressemble un peu.

 

 

 

                                                                                               Christie Jane (Mai 2005)


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