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Dernière récolte


 

 

Je visualise mon jardin comme si j’y étais. Je me trouve dans mon verger et tout me revient en mémoire.

Lorsque nous avons acheté le terrain, c’est la première chose que nous avons fait planter. Un pépiniériste de la région avait arrêté la vente d’arbres fruitiers depuis un an, toutefois il en possédait encore quelques-uns en pleine terre. Ces arbres avaient donc entre quatre et six ans. Nous n’avons choisi que des variétés différentes : quatre cerisiers, Burlat, Géant d’Hedelfingen, Lapins et Napoléon, quatre pruniers, Quetsch d’Italie et d’Alsace, Reine-Claude Dorée et Violette ainsi que quatre pommiers, Reinette grise du Canada, Melrose, Jonagold et Boskoop. Pour fertiliser tous ces fruitiers il fallait un pollinisateur commun que nous avons trouvé en Malus Everest, un pommier à fleurs.

Je n’avais aucune idée des fruits qu’ils pouvaient nous offrir. Pour moi c’était des cerises, des prunes, des pommes et c’est tout. A présent, je peux dire à quel moment mûrissent les fruits, quelle couleur ils ont, (certaines cerises sont jaunes), leur goût respectif, la précocité de la variété, quel traitement il faut utiliser selon les maladies ou les infestations d’insectes nuisibles. Chaque année je me perfectionne.

Nous avons aussi craqué pour un magnifique pommier Akane de sept ans mais le pépiniériste nous a dit qu’il était réservé depuis un an. Il nous a proposé de nous le laisser si l’acheteur ne se présentait pas jusqu’au printemps suivant, ce que nous avons accepté, bien évidemment.

Toutes ses tractations se sont faites en automne 2000 et il a été prévu que les plantations auraient lieu au début du printemps. Le constructeur de notre maison avait tout juste commencé à creuser que les arbres de notre verger étaient placés en terre, tuteurés et taillés. Ils étaient magnifiques. De plus nous avons obtenu le pommier Akane, le plus beau et le plus grand de tous.

A l’automne suivant nous avons intégré un prunier Reine-Claude D’Oullins offert à notre fils par son parrain.

Deux ans plus tard, nous avons ajouté un pommier Granny Smith (pour ma gourmandise), un poirier Conférence et un Cognassier.

Chaque arbre fruitier possède son histoire, son anecdote et ses soins. Au mois de mai cette année, une invasion de grosses chenilles noires a dévasté le feuillage des cerisiers Napoléon et Lapins à tel point que nous avons dû intervenir avec un produit spécial. Il ne restait plus que les squelettes des feuilles.

J’envisageais il n’y a encore pas si longtemps de mettre des abricotiers, figuiers, pêchers car j’ai envie d’avoir encore plein de fruits différents dans notre jardin. Malheureusement maintenant je sais que je n’arriverai pas à mettre ces nouveaux arbres.

Mon voyage virtuel continue vers mon potager. A l’extérieur des barrières qui le délimitent du reste du jardin, il y a, à droite les arbustes à petits fruits tels que : framboisiers, groseilliers rouges, blancs ou à maquereaux, mûriers à gauche dans la pente avec la vigne rouge et blanche, devant se trouvent des rosiers oranges, rouges, roses et blancs portant tous des noms célèbres tels que Catherine Deneuve ou Charles De Gaulle. Entre chaque rosiers on peut voir de la lavande, un peu envahissante, des pivoines roses, rouges et blanches très éphémères mais si jolies et odorantes au printemps. Le potager quant à lui change chaque année, alors j’ai plus de mal à me représenter quelques rangées. Cette année, il y a des pieds de tomates italiennes, russes, Cœur de Bœuf séparés par des plants d’œillets d’Inde (pour éviter les pucerons) ou encore des tomates cerise (qui viennent toutes seules depuis que j’ai eu la main lourde avec les semis il y a quelques années…). J’en arrive à saliver tant elles sont bonnes. A profusion je cueille suivant la saison haricots, petits pois, courgettes, concombres, aubergines, poivrons, choux rouges, chou-fleur, salades, blettes, ail, poireaux, carottes, radis, pommes de terre, plantes aromatiques, rhubarbe et fraises. Ma voisine me fait toujours plein d’éloges mais j’ai l’impression qu’elles ne sont pas méritées. Cela ne donne pas tant de travail que ce qu’elle pense. Au printemps c’est vrai qu’on ne chôme pas lorsqu’il faut bêcher, retourner la terre (c’est toujours mon mari qui fait les travaux les plus fatigants), enlever cailloux, nouvelles pousses et ajouter du compost. Une fois que les plants ou les graines sont en terre il faut juste arroser, enlever les mauvaises herbes ou les nuisibles comme les doryphores (à la main), ensuite viennent les récoltes parfois si abondantes qu’on oublie vite les heures passées à genou ou plié en deux.

Il y a aussi les citrouilles, pâtissons et melons du côté du compost car ils prennent beaucoup de place et se plaisent énormément dans les tas de tontes de gazon.

La plus belle de mes satisfactions est la cueillette et le plaisir de découvrir le vrai goût des fruits et légumes. La différence de saveur est énorme entre ceux qu’on achète et ceux du jardin. Chaque année, je me réjouis de voir si telle ou telle récolte foisonne. Lorsque la grêle ou les tempêtes s’abattent sur nous je prie pour que rien ne soit abîmé.

Je sens une larme glisser sur ma joue. Si j’avais su aurais-je fait la même chose ? Oui je pense, j’aurais peut-être mis encore plus de variétés.

Les fleurs aussi rayonnent à différents endroits de notre petit paradis. Nous avons la chance d’avoir beaucoup d’espace. Lorsque nous cherchions un terrain à bâtir, les régies immobilières ne nous proposaient que des parcelles grandes comme des mouchoirs de poche. Comment voulez-vous vous épanouir en vivant pratiquement sous le nez de quatre autres voisins vivants eux-mêmes dans des conditions identiques ? Nous préférions rester en appartement.

Un jour, j’ai proposé à mon mari de mettre une annonce dans le journal en précisant la taille de l’emplacement désiré, hors lotissement à la campagne. Nous n’avons eu qu’un seul appel, un agriculteur qui avait exactement ce que nous recherchions même encore plus grand avec une vue imprenable et magnifique. L’affaire fut conclue dans l’année et deux ans plus tard nous emménagions dans notre nouvelle maison non sans avoir eu quelques tracas. L’entrepreneur était peu regardant sur la qualité et ce fut une bataille de tous les instants. Mais le rêve était devenu réalité. Le jardin s’est façonné lui aussi au gré de la construction mais surtout une fois que nous étions installés.

Nous désirions une haie naturelle pour nous séparer de la route qui traverse le village sans que ce soit une ligne de thuyas si commune et si géométrique. L’effet est vraiment réussi. Il y a environ quatre-vingts arbustes en quinconce sur trois lignes de soixante mètres environ. Au fur et à mesure des saisons nous avons vu les Forsythias, Lilas, Weigelias, Hibiscus, Spirées, Buddleias faire étalage de leurs fleurs alors que les conifères font de drôles de fruits. Certains arbustes fleurissent peu ou prou mais ont de beaux feuillages tels que les noisetiers, lauriers sauce ou cerise, buis. Il y a aussi trois arbres, un érable rouge un vert et un cerisier du Japon. Dans cette haie nous avons eu la chance d’y voir se promener un hérisson le soir au clair de lune.

Tout au bord de la route s’étend un poirier centenaire (c’est notre avis, à vérifier) qui penche contre notre jardin. Il est imposant, majestueux et typiquement de la région. Nous ne faisons pas d’eau-de-vie comme les anciens savaient si bien le faire avec ces petites poires vertes, mais des tartes et compotes. C’était l’unique arbre trônant sur ce champ. On s’est demandé s’il fallait le couper ou l’étêter car il penche dangereusement et nous avions peur pour notre verger. Finalement il est toujours là et nous l’aimons bien, on dirait un patriarche veillant sur ses fruitiers qui paraissent vraiment minuscules en comparaison.

Lors du terrassement de la maison, le conducteur de la pelleteuse avait sorti de terre quatre énormes rochers et mon mari avait eu l’idée d’en faire une décoration. Trois des cailloux entourent le plus gros. C’était une excellente idée, le résultat est splendide et en accord avec la vaste maison en forme de Z ornée d’une tour. C’est l’endroit que nous avons garni en premier d’hortensias, de rhododendrons, et diverses variétés d’annuelles en massifs fleuris et parsemés de quelques conifères miniatures (je ne résiste pas, j’ai un faible pour ce genre de végétaux parmi tant d’autres). Avec le temps un des massifs est devenu trop enchevêtré il faudrait le refaire autrement.

Je me souviens de ce champ en friche et suis fière d’avoir contribué à tous ces changements. J’espère que cet endroit restera aussi beau lorsque je le regarderai depuis tout là-haut.

Sur la terrasse, ma collection de cactus s’épanouit sous mes yeux attendris car certains sont des boutures ou des semis que je me suis entraînée à manipuler car j’aime faire des expériences avec la nature et voir ce qu’elle me donne en échange. C’est presque de l’alchimie, je me sens comme un apprenti sorcier.

Encore une dernière image avant de m’endormir : ce sont mes deux agrumes, citrons jaunes et calamondins qui trônent en été sur notre terrasse orientée au sud et donc plein soleil. Je peux les admirer depuis la cuisine lorsque nous prenons nos repas. Ils ne sont pas avares de fleurs et c’est un enchantement à chaque fois. Je n’avais jamais senti un parfum aussi sublime avant celui-ci. L’hiver ils rejoignent les cactus dans le garage qui est à l’abri du gel.

Je me sers un verre d’eau sur la tablette métallique de l’hôpital où je suis alitée. Cette fois je n’arrive plus à arrêter le flot de larmes qui me submerge.

Selon les médecins que j’ai vus cet après-midi je dois mettre de l’ordre dans mes papiers et parler à mes proches car j’arrive à la fin de mon parcours, déjà ! Un cancer qui s’est généralisé aura raison de moi. A quarante ans il paraît que cela ne pardonne pas. J’avais envie de m’évader dans un univers calme et apaisant pour encaisser cette brutale nouvelle ; je m’attendais à récolter encore une fois le raisin cet automne mais le destin en aura décidé autrement.

 

 

 

 

 

                                                                                                            Christie Jane (2005)

 

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