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Une soirée mondaine

 

 

 

 

 

 

La musique, les lumières et les robes tournaient, tournaient. J’en étais enivrée, moi qui déteste danser, je ne pouvais plus m’arrêter. Je sentais pourtant la tête me tourner légèrement comme à chaque fois que je virevolte trop longtemps mais cette fois-ci, ce n’était pas désagréable. A chaque passage près d’une autre dame tournoyante, je pouvais saisir l’effluve plus ou moins forte de son parfum. Les messieurs aussi avaient leurs odeurs, parfois désagréables de transpiration mais dans l’ensemble plutôt bonnes de coriandre ou de musc.

 

Dire que j’étais réticente à l’idée de cette soirée mondaine. J’ai horreur des chichis et j’avais peur de ne pas être à mon aise, de ne pas savoir quoi dire, je ne suis pas du même monde que toutes ces personnes. J’ai toujours l’impression d’être moins cultivée que les gens de la « haute société ». Je n’ai pas eu le droit d’étudier.

De plus je ne sais pas danser et n’aime pas cela.

Antoine m’avait pourtant convaincue. C’était important pour lui. Une invitation de son patron ne se refuse pas. Il imaginait déjà un tas de projets pour son avenir professionnel. Il n’y avait rien eu à faire, j’avais dû céder et faire les boutiques pour me trouver une robe chic mais à un prix défiant toute concurrence. Ce n’était pas le moment de faire des folies !

 

Et ce soir j’affiche une mine heureuse et épanouie de la femme habituée à ce genre de soirée et qui y est très à l’aise. Décidément, je me surprendrai toujours. A l’inverse, mon Antoine a l’air un peu perdu, je l’entrevois parfois entre deux couples virevoltants. Il discute avec un homme d’une soixantaine d’années en costume sombre.

 

Soudain, c’est le noir complet, je sens mes jambes se dérober, mon corps s’affaisse sans que j’arrive à réagir, je tombe mollement à terre dans un frou-frou d’étoffe.

J’ai encore le temps de m’apercevoir que des têtes se penchent au-dessus de moi avant de sombrer totalement.

Je ne sais pas combien de temps je suis restée ainsi, mais en revenant à moi, je vois le visage du patron d’Antoine penché sur moi. Ma première pensée est que j’ai tout gâché, mais à voir la mine désolée et sincèrement compatissante de cet homme, je me dis qu’il n’est peut-être pas le bourreau de travail que j’imaginais.

Il me demande comment je me sens et le temps que la question s’achemine dans les méandres de mon cerveau engourdi pour y pêcher une réponse, j’entends une voix d’homme :

 

          - Excusez-moi, je suis médecin, laissez passer. 

 

Martin le patron d’Antoine, s’éloigne et je le vois rejoindre mon homme qui est tout pâle et anxieux. Ils reprennent la conversation.

Le docteur m’ayant examinée sous toutes les coutures, me regarde dans les yeux et me dit :

          -Tout va bien, Madame. Il n’y a rien de grave, juste une chute de tension, semble-t-il. Il faudra quand même prendre un rendez-vous avec votre médecin traitant pour un petit check-up, par précaution. Pour l’instant il faudrait que vous puissiez vous reposer dans un endroit calme et sans fumée. 

Sur ces paroles, il se lève et se dirige vers Antoine et Martin. Ils bavardent tous les trois quelques instants. Je suis toujours à terre et n’ai aucune envie de me lever bien que je me dise que je ne devrais pas rester à même le sol !

Les trois hommes reviennent vers moi et entreprennent de me transporter à l’étage.

Il y aurait une chambre de libre. Ouf, je me réjouis d’être tranquille. Je ne suis pas fière de moi et ne me sens encore pas très bien.

 

 

****

 


J’ai promis à Maman de m’endormir vite, mais j’ai très envie d’espionner ses invités. De toute façon je n’arrive pas à dormir. Je me rhabille, sors de ma chambre et longe le couloir qui mène à l’aile du château.

Les trajets sont toujours très longs et dans la nuit complète ce n’est pas aussi simple que d’habitude.

Il est tard, et je suis presque sûr de passer inaperçu.

Je descends les escaliers recouverts de feutre rouge et j’arrive dans un des halls adjacents à la salle de réception.

J’attends qu’un convive se rende aux toilettes et je me faufile dans la pièce enfumée et bruyante.

De ci, de là, j’entends des bribes de conversations :

« - Ma fille termine sa troisième année médecine en juin et est déjà prête à affronter un nouveau semestre en septembre. »

Je me suis habillé en noir, col roulé et velours côtelés. Dans les films les espions sont toujours en noir. Personne n’a l’air d’être surpris de voir un garçon de sept ans se promener au milieu de la réception.

Je vois des femmes vêtues bien légèrement à mon goût, en tout cas à maman on ne voit pas autant sa poitrine et ses jambes, mais les messieurs regardent attentivement au-dessus de leur épouse ces détails chez les autres femmes. J’aperçois plus loin mon père tenir une coupe de champagne et parler à un autre monsieur en costume noir avec un nœud papillon qui est de travers. Le monsieur a le teint  rouge et les yeux qui brillent. J’ai la trouille que mon père me voie, je me cache derrière la foule.

Au fond, il y a l’orchestre qui joue de la musique pour que les gens se trémoussent. Il y a beaucoup de couples sur la piste de danse, mais je ne vois toujours pas maman. J’espère qu’elle ne m’attrapera pas, elle va être fâchée de me voir là.

Une invitée raconte à une autre :

« - … et cette incompétente m’a complètement raté ma robe, je ne rentrais plus dedans, je suis sûre qu’elle l’a fait exprès ! »

Des serveurs se promènent entre les convives, et proposent des amuse-bouches ou des coupes de champagne, les hommes consomment facilement mais les dames ont d’abord une grimace puis se servent quand même en hochant la tête et soulèvent leurs épaules comme pour dire : tant pis !

Les messieurs sont presque tous habillés pareils : costumes souvent foncés : gris, noirs ou bleu marine, plus rarement en blanc ou beige, les femmes par contre ont des robes de toutes les façons, de toutes les longueurs, de toutes les largeurs et de toutes les couleurs.

Je suis déçu, il ne se passe rien d’intéressant, les uns dansent, les autres discutent de banalités, tout cela en mangeant et buvant. Bof, je vais retourner me coucher, là au moins, je pourrai lire une bande dessinée.

En entrant dans le hall, je vois ma mère se faire embrasser la nuque par un monsieur autre que papa. Elle me fait « chut » en mettant le doigt sur sa bouche et moi je fais pareil pour pas qu’elle me gronde et je monte les escaliers en vitesse.

Je crois qu’elle ne dira rien à papa, et moi non plus ! J’espère ne pas être devenu aussi rouge qu’elle quand elle m’a vu !

Je refais en courant le chemin en sens inverse et en arrivant devant ma chambre j’entends quelqu’un tousser dans la pièce à côté.

C’est bizarre, cette chambre n’est jamais occupée d’habitude, elle est réservée à la famille, mais celle-ci ne vient que rarement et on le sait super longtemps à l’avance.

Je m’approche, et, la curiosité étant plus forte que la politesse, je rentre en prétextant une erreur.

Sur le lit une dame toute blanche me regarde avec de grands yeux étonnés. Elle est jolie. Je fais mine de partir et elle me demande de rester.

Pourquoi pas, j’ai envie de lui demander des trucs sur les hommes et les femmes.

 

 

 

****

 

 

Je n’arrive pas à m’endormir. J’ai la tête qui bourdonne et mille idées circulent dans ce petit espace confiné. Je n’ai pas voulu qu’Antoine reste vers moi. Soudain, la porte s’ouvre et je vois un garçonnet bredouiller des excuses pour une erreur de chambre.

Il fait mine de repartir et je le rappelle. J’ai bien envie d’en savoir plus sur ce petit gars.

Sans avoir besoin d’insister, il s’assoit directement sur le lit. J’adore cette familiarité naturelle chez les enfants.

-       Comment t’appelles-tu ? Me demande-t-il.

-       Christine, et toi ?

-       Gaël.

-       Que fais-tu debout à cette heure tardive ?

-       J’avais envie de voir la fête que Papa et Maman ont préparée toute la journée.

-       Et tu y es allé ?

-       Oui ! Mais c’est nul ! En plus Maman m’a vu.

-       Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

-       Rien, parce qu’elle était occupée avec un monsieur. Dis, quand on embrasse quelqu’un dans le cou, c’est pourquoi ?

Je réfléchis très vite car je sens le sujet brûlant sous sa question.

-       En fait, au moment de se dire au revoir, deux personnes qui ne se reverront plus s’embrassent dans le cou. C’est une marque d’affection. Cela ne t’est jamais arrivé ?

-       Non, sauf à Maman et ce n’était pas pour y dire au revoir. Tu fais quoi dans cette chambre ?

-       Je me repose car j’ai eu un malaise.

La porte restée entrouverte, s’ouvre en grand et Madame Leveque, la femme du patron d’Antoine entre dans la pièce.

-       Gaël, va tout de suite au lit ! Tu m’as désobéi ce soir. Je ne suis pas contente.    Demain tu seras consigné dans ta chambre, ce sera ta punition.

Gaël me fait un petit signe de la main et s’en va dans sa chambre en baissant la tête.

Je trouve la punition un peu sévère, mais n’ayant pas d’enfant, je me garde bien de m’en mêler.

La maman de Gaël me regarde droit dans les yeux et me demande :

-       Tout va bien ?

-       Oui, cela va mieux, excusez-moi du dérangement.

-       Ce n’est rien. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à me le demander.

Je ne sais pas ce qui me prend, mais le fait est que je lui dis :

-       Eh bien, oui en effet, j’ai besoin de quelque chose. Antoine, mon mari rêve d’une promotion depuis des lustres et je pense qu’il l’a mérite amplement quand je pense au temps qu’il passe à cirer les pompes de tout le monde dans sa boîte. Pourquoi n’en toucheriez-vous pas un mot à votre mari ? En contrepartie, j’expliquerai à votre fils qu’un baiser dans le cou est juste une façon de dire au revoir à un ami de longue date !

Madame Leveque est devenue blême au fil de ma requête puis je l’ai vu rougir et lorsqu’elle me répond d’un ton sec, je comprends que j’ai touché juste.

-       C’est d’accord, mais mon mari est difficile à manipuler.

-       Je suis sûre que vous ferez au mieux de vos intérêts.

Elle sort de la chambre sans un mot, très digne et je reste abasourdie !

Comment ai-je pu avoir le culot de la faire chanter comme si j’avais fait cela toute ma vie ?

Et si elle faisait virer mon Antoine ? Bah, tant pis ! C’est fait, je ne peux plus revenir en arrière.

Lorsque mon homme vient me chercher au milieu de la nuit pour rentrer chez nous, il a un drôle d’air. Un peu comme un gosse qui n’arrive pas à cacher une bonne nouvelle. Cela fait longtemps que je ne lui ai vu une mine aussi radieuse.

Finalement une soirée mondaine, c’est sympa !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                   Christie Jane (Juin 2004)


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