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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 19:19

Sujet : Peur inexplicable, irrationnelle, irraisonnée.

 

 

 

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Peur au ventre

 

 

 

 

 

 

 

Je n’ai encore jamais dû faire de livraison. Jusque là j’ai pu m’arranger avec le livreur ou Madame Cabus. Elle est fleuriste, je travaille chez elle depuis deux ans.

A mon engagement j’ai précisé que je pouvais tout faire sauf les distributions. Elle m’a rétorquée qu’il y a un livreur à cet effet qui venait deux fois par jour, une fois à 11h et une à 17h.

Mais voilà qu’aujourd’hui le garçon de courses est malade et la patronne en vacances.

Je me souviens d’une fois, il y a un an environ, où le contraire s’était produit. Le commissionnaire était en vacances et Madame Cabus à un enterrement. Il y avait, heureusement, une apprentie qui possédait un scooter, à qui j’ai pu demander d’aller à ma place distribuer les commandes. Cette fois-ci, ce que je redoutais le plus est arrivé et je n’ai personne pour faire le travail à ma place.

Je jette un œil aux adresses. Il y en a déjà trois : deux sont en ville, ouf, mais la dernière est en zone résidentielle à trente minutes environ en voiture. La journée va être longue jusqu’à ce soir, sans compter que de nouvelles demandes risquent d’arriver à tout instant.

Je grouperai les bouquets pour aller en ville ce midi et à la campagne ce soir. J’aurais aimé faire l’inverse mais je ne peux pas fermer la boutique trop longtemps. D’habitude il y a toujours quelqu’un pour répondre aux clients entre midi et deux heures. Je sens déjà mon cœur battre plus fort et plus vite. Je respire mal, mes tempes commencent à être douloureuses et mes mains sont moites et froides. Vivement ce soir ! Et si demain le livreur est encore malade ? Arriverais-je à supporter ça deux jours de suite ? Ou plus ? Mieux vaut ne pas y penser. Je me mets à préparer du mieux que je peux mes compositions florales pour les exposer dans la vitrine. Il n’est que huit heures et même la bonne odeur des roses n’arrive pas à m’apaiser. D’ordinaire, je me sens bien entourée par toutes ces senteurs fleuries, je ne regarde jamais l’heure car j’aime mon travail, mais aujourd’hui j’ai peur de voir défiler les minutes à la vitesse de l’escargot. La cloche de l’entrée tinte et je m’active à satisfaire au mieux la clientèle jusqu’à midi. Nous sommes vendredi et la fréquentation de l’échoppe est très animée. Heureusement le temps passe plus vite que je ne l’ai craint ce matin. De plus, une seule commande de livraison s’est ajoutée aux autres.

A midi, je ferme le magasin, mets les trois bouquets dans le coffre de ma voiture et pars le cœur serré. Ma gorge est sèche, je sens un courant glacé parcourir mes jambes et un filet de transpiration glisse sous mes aisselles.

Je me dirige vers la première adresse qui n’est qu’à cinq rues d’ici. Devant l’immeuble, je respire un peu mieux, c’est un immense bloc, cela devrait aller. Effectivement, tout se passe bien, c’est une dame âgée, vivant seule, au septième étage. La deuxième adresse est un peu plus éloignée mais toujours dans le centre. Mon cœur palpite toujours aussi vite et je sens quelques tremblements dans mes bras mais j’ai encore le contrôle de moi-même. J’essaie de me raisonner en pensant à mes obligations. Si Madame Cabus ne peut pas me faire confiance, elle me licenciera. Etonnamment, cette méthode de persuasion marche assez bien. Je trouve une place de parc et cherche le numéro de la maison qui se trouve être aussi un immeuble. La chance continue à me sourire. Il y a du monde dehors, c’est rassurant. Malgré cela je n’ai plus de salive et ma voix est enrouée lorsque je m’annonce à l’interphone. Une voix d’homme me répond de monter au quatrième étage. Aucun autre bruit derrière lui, il a l’air seul. J’ouvre la porte et monte dans l’ascenseur. Une fois dehors je respire un grand coup. Plus qu’une pour ce midi et je suis tranquille jusqu’à ce soir. Je me dépêche, il est déjà treize heures. La troisième distribution se trouve près d’un centre commercial mais c’est un petit immeuble de trois ou quatre étages. Les probabilités sont plus grandes d’en croiser un mais il faut que j’y aille. Pas d’interphone, je rentre.

Sur la boîte aux lettres il est marqué : rez à gauche. Mes jambes me soutiennent à peine tant elles flageolent. Je me retiens contre le mur. J’ai mal au ventre, la tension est à son comble. J’écoute tous les bruits susceptibles de me faire fuir. Derrière la porte, je tends l’oreille et sonne. J’entends juste le bruissement d’un pas traînant, à peine audible, mon ouïe est exacerbée par la peur. J’essaie de respirer. Une jeune femme emmitouflée dans une couette vient m’ouvrir. Je suis soulagée, rien derrière elle. Tout s’est bien passé jusque là. Pourvu que ça dure.

Mon cœur bat un peu moins fort en arrivant. J’ai du temps avant la fin de la journée, il faut absolument que je me calme, sinon je risque d’avoir un malaise. J’ouvre la boutique et les clients ne cessent d’affluer jusqu’au soir. Au moment de fermer, le téléphone sonne. Zut. Sûrement une nouvelle livraison. Que faire ? Je laisse sonner. Non, je ne peux pas c’est peut-être Mme Cabus. Parfois, elle appelle après la fermeture pour savoir si ça s’est bien passé, si le chiffre est bon. C’est ça les patrons, ils ont une caisse enregistreuse dans le cerveau. Je raccroche, c’était une commande pour demain ! Bon, je peux y aller. Je suis dans un état proche de l’évanouissement. Je vacille légèrement et le mal de tête s’est installé pour de bon, mes mains sont gelées et tremblantes, mais, plus vite ce sera fait, plus vite je pourrai rentrer chez moi.

Je sors de la ville, il fait déjà nuit, il est dix-neuf heures trente et nous sommes à la fin de l’automne, je me demande si je vais y arriver et je regrette de n’y être pas allée pendant l’heure de midi, la pénombre accentue mon angoisse. L’hystérie n’est pas loin et je ne peux plus réfléchir normalement, la paranoïa s’est installée.

Au bout d’une demi-heure sans trop de circulation, je bifurque dans la ruelle que je cherchais, c’est une impasse, et je distingue à peine une dizaine de petites maisons alignées de chaque côté de la route. Certaines sont entourées de barrières ou de grillages mais la plupart ne le sont pas. Je ne vais jamais pouvoir sortir de ma voiture. J’ai mis le bouquet de fleurs à côté de moi pour ne pas marcher jusqu’au coffre. Je me secoue et ouvre le clapet de la portière. La rue est silencieuse et déserte. J’ouvre complètement la portière et sors de mon véhicule avec ma livraison dans les mains. Je me suis munie de mon parapluie, c’est la seule arme que je garde dans la voiture. En me dirigeant vers le numéro 30, un aboiement me cloue sur place. Ça y est, je ne peux plus bouger. Mon ventre se tord, mes bras n’ont plus de force, mes oreilles sifflent, je suis paralysée par la peur. D’autres aboiements font échos aux premiers et je manque m’évanouir.

Soudain, je vois les phares d’une voiture tourner dans la ruelle et venir se garer près de moi. Un homme en descend, je me force à faire un pas. Il me demande si tout va bien. J’arrive à articuler que je cherche la famille Bouille. Il me répond que c’est lui. Alors en le remerciant dix fois au moins je lui flanque mon bouquet dans les bras et cours jusqu’à mon auto dans laquelle je me barricade avec le verrou automatique. Je prends une grande respiration et attends que mon corps veuille bien redevenir obéissant et calme avant de démarrer.

Une fois le choc passé je me vide de toutes les larmes de mon corps en me disant qu’il faut absolument que j’entreprenne quelque chose pour me guérir de cette phobie des chiens avant que je fasse une attaque cardiaque. Je ne peux plus continuer à vivre avec la peur au ventre.

 

 

 

 

                                                                                                                                                 Christie Jane (Octobre 2005)

 

 

 

 

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commentaires

(Clovis Simard,phD) 10/03/2011 01:50


Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-4: HALL !

L'EFFET HALL QUANTIQUE
SÉMI-CONDUCTEUR
L'ÉCHELLE DE JACOB

Cordialement

Clovis Simard


Violette Dame mauve 09/03/2011 22:26


Un texte intéressant.
merci de l'avoir mis dans ma communauté"
Amicalement
Violette


Christie Jane 09/03/2011 22:28



C'est gentil de venir lire mes textes ! Merci. Amitiés



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