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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 15:53

Le sujet : Se mettre dans la peau de quelqu'un qui a fait quelque chose de mal.

 

 

 

 

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Le Chauffard

 

 

 

 

 

 

 

 

Oui, vous pouvez me laisser en prison, je n’ai pas envie de sortir et d’affronter tout ce qui m’attend. Je viens de passer en comparution immédiate mais ce n’est pas aujourd’hui que je connaîtrai la sentence. Le procès vient d’être ajourné car la famille ne tient pas le coup. Trop d’émotions, de chagrin, de colère, d’incompréhension. Et moi je n’arrive pas à croire que tout cela arrive à cause de moi. L’alcool c’est fini, je ne toucherai plus une goutte de cette merde. Même si je dois rester en prison dix ans, je le mérite, c’est moi qui aurais dû mourir il y a trois jours, pas lui.

Il a fallu que j’aie envie d’aller boire l’apéro avec les potes en sortant du boulot, de les retrouver dans notre bar ; c’est un peu la tradition du vendredi soir. On a passé une bonne soirée à blaguer et à picoler. J’ai même dragué une nana, mais elle avait déjà quelqu’un. A vingt-deux heures quand les autres sont rentrés chez eux j’ai voulu partir aussi. J’ai pris ma camionnette. Pourquoi ? Parce que je n’ai même pas imaginé que j’avais trop bu pour conduire. Je sais qu’on n’a pas le droit de rouler avec plus de deux verres d’alcool, mais je me sentais bien. Le soir c’est tranquille, je n’ai jamais eu de problèmes les autres fois.

Arrivé à deux rues de chez moi, j’ai tourné et je n’ai pas vu la moto qui arrivait en face.

Ça s’est passé en une seconde, je n’ai rien compris. Oh, mon dieu ! Je n’arrive pas à y repenser, à croire que c’est moi qui ai fait ça. J’entends encore ce bruit, ce bruit atroce ! Je n’ai pas capté tout de suite ce qui arrivait. J’étais sonné. C’est lorsque je l’ai vu étendu par terre que j’ai saisi, il ne bougeait plus, il avait encore son casque sur la tête. Des gens sont venus de la maison d’en face, je n’ai pas bougé, j’étais comme paralysé, sous le choc, je ne voulais pas affronter cette réalité-là. Il est mort sur le coup, c’est la police qui a constaté le décès, il paraîtrait qu’il n’a pas souffert. Dix-huit ans ! J’en ai trente-neuf, il aurait pu être un des gosses pour lesquels je me bats tous les jours dans mon boulot pour les remettre sur les rails, je suis éducateur, il aurait même pu être mon gamin ! J’ai vraiment déconné cette fois.

 J’ai vu sa famille au tribunal, elle me hait. Sa mère, la pauvre, toute recroquevillée dans son chagrin, elle ne tenait pas debout, son père, je n’ai jamais vu un homme dans cet état-là, détruit, ravagé, sanglotant. 

 

Mon Dieu ! Sa douleur, je peux la ressentir aussi, j’ai une fille de deux ans et si on me la tuait ? Un homme ivre ? Comment réagirais-je ? J’aurais envie de le tuer ! Mais là c’est moi l’assassin ! J’ai tué un gosse de dix-huit ans sans m’en rendre compte ! Je n’arrive toujours pas à y croire, à l’assimiler. Quelle horreur ! Quelle abomination ! Comment survivre après cela ? Comment vais-je expliquer à ces jeunes que j’essaie de réinsérer dans la société, que j’ai tué l’un des leurs ? Avec 1,6 gramme d’alcool dans le sang ?! Le procureur a dit qu’il sortait de chez le Mac Do et qu’il rentrait chez lui. Il était clean, ce gosse.

Ma vie est foutue, et celle de cette famille… je n’oublierai jamais leur regard. J’ai envie de crever, mais non, ma punition je dois l’endurer jusqu’à la fin de ma vie.

Mon ex doit être au courant, qu’a-t-elle dit à notre fille ? Que son père est un criminel ?

J’aimerais tant pouvoir effacer cet accident. Recommencer cette journée de vendredi et rentrer après le boulot sans qu’il ne se soit rien passé.

Je n’ai pas envie de sortir de prison, d’affronter les gens, la vie. Je ne fais même pas attention aux autres détenus. Ils m’insultent me lancent des trucs. Il y en a même un qui m’a planté sa brosse à dent dans les côtes ; je ne l’ai même pas dénoncé, j’ai une plaie profonde, mais je m’en fous. C’est ma vie à présent. Que ce témoignage serve au moins à quelqu’un c’est tout ce qui compte.

 

 

 

 

 

                                                                                                          Christie Jane (Novembre 2006)


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