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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 19:28
Pierre Ramirez

Le sujet de cet atelier d'écriture était assez particulier ce jour-là. 

 

Nous avions pour mission d'écrire la biographie d'une personne à partir d'une simple photo, en l'occurence un Monsieur.

 

Chaque participant à cet atelier a dû choisir une période de l'existence de ce monsieur que nous avons choisi d'appeler Pierre Ramirez, et, nous avons inventé sa vie...

 

Pour ma part, j'ai choisi la partie professionnelle dans la tranche d'âge de 42 à 52 ans.

 

 

 

Pierre Ramirez 

Professionnel de 42 à 52 ans

 

En parcourant la rubrique mortuaire, que je regarde toujours brièvement au cas où je connaîtrais quelqu’un, je m’arrête sur Pierre Ramirez, décédé à l’âge de 73 ans.

 

Oui, je le connais, j’ai travaillé avec lui. Nous étions dans le même bureau chez Mineral Oil Group. Il avait été engagé pour m’assister dans la gestion des réclamations clients de la Mineral Oil Tax, alors que j’étais complètement débordée.

 

Au début, je n’avais pas compris pourquoi ils avaient choisi Pierre et j’avais tendance à perdre patience devant sa nonchalance.

 

Par la suite, je m’étais vite rendue compte que ce n’était pas de la nonchalance mais que Pierre était en fait un introverti qui réfléchissait et prenait le temps de faire le tour de la question avant de prendre une décision.

 

Cette qualité m’est devenue complètement essentielle car il ne se trompait jamais et les dossiers qu’il me remettait étaient solides, basés sur les bonnes réflexions avec toutes les pièces justificatives dont j’avais besoin pour la constitution des dossiers. Je gagnais donc un temps fou et mon assistant devint vite indispensable.

 

Il était par ailleurs très bien organisé, ordré, presque trop, parfois je me disais que c’était un maniaque tant il reposait chaque chose à sa place et qu’aucun papier ne traînait jamais sur son bureau.

 

Quand il se levait pour aller chercher son café à neuf heures trente précisément, il me proposait systématiquement d’en prendre un pour moi. Je culpabilisais car j’oubliais l’heure, le café et c’est seulement au moment où il me le proposait que je réalisais à quel moment de la journée nous étions. Puis c’est devenu une habitude.

 

Pierre avait un caractère en or, il était toujours d’humeur égale, calme, posée. Contrairement à moi qui régulièrement pestait lorsqu’une mauvaise nouvelle tombait pour un de mes dossiers, lui restait toujours impassible tout en gardant sa concentration et son investissement dans le travail.

 

Ce que j’avais pris au début pour du « jem’enfoutisme » était en fait tout l’inverse, dans le calme et l’élégance.

 

En parlant d’élégance, Pierre était d’ailleurs toujours bien vêtu, pantalon de costume, chemise, sans cravate, il s’octoyait cette petite liberté étant donné que nous avions peu de contacts physiques avec l’extérieur.

 

Il ne paraissait jamais contrarié quand la direction nous faisait une crasse comme souvent elle savait les faire, alors que moi je marmonais dans ma barbe, que je râlais à haute voix et que je disais tout haut ce que j’en pensais sans ménager mon langage, il hochait doucement la tête sans commenter.

 

Il est vrai qu’il était peu bavard. Difficile de savoir ce qu’il pensait ou ce qu’il vivait en dehors du travail. Nous ne parlions pas de nos vies privées. Son attitude discrète dès le départ m’avait tenue à l’écart de toute envie de « copiner » ou d’échanger des propos personnels. Nous parlions du temps qu’il faisait, de l’actualité mondiale et de nos tâches essentiellement. Je ne savais donc rien de lui. De toute façon, nous avions tellement de travail que c’était mieux ainsi, nous ne perdions pas de temps en discussions.

 

Pierre n’était ni beau, ni laid. Le mystère qui rôdait autour de lui en raison de sa discrétion lui donnait beaucoup de charme, de douceur aussi. Parfois je me demandais si ce n’était pas pour se protéger d’une âme trop sensible qu’il créait cette distance avec les autres. Car il était pareil voire encore plus distant avec nos collègues. J’étais la seule à avoir le privilège de le voir de façon plus détendue, « intime », si l’on peut vraiment dire cela. Je pense qu’avec moi et les années, il se sentait bien dans ce bureau car il était vraiment serein, presque décontracté, mais toujours aussi consciencieux et concentré qu’au premier jour. Je n’aurais échangé mon assistant contre rien au monde !

 

Lorsqu’en fin d’année les évaluations arrivaient et que je devais rapporter à mon supérieur les notes que j’avais prises sur mon second tout au long de l’année, je ne tarissais pas d’éloges à son égard à tous les niveaux. A tel point qu’une fois, je me rappelle que mon manager m’a regardée étrangement comme s’il pensait que j’étais peut-être tombée amoureuse de lui. Non ce n’était pas le cas mais je crois que peu de personnes se rendent compte de l’importance d’avoir un collaborateur en or alors que tant de gens se tirent dans les pattes, se font souffrir gratuitement, espèrent secrètement faire virer ou prendre carrément la place de leur collègue. On peut dire que grâce à Pierre j’allais de bon cœur à mon travail et cela n’a pas de prix.

 

En conséquence, il avait de belles primes de fin d’année et je sentais qu’il m’en était reconnaissant à sa façon de me proposer le café avec chaleur ou par un regard plus appuyé.

 

J’ai occupé ce poste en sa compagnie pendant dix ans puis notre société a été rachetée et la nouvelle direction a licencié tout le monde. Nous nous sommes quittés pratiquement de la même façon que nous nous étions présentés le premier jour en nous serrant la main, la seconde fois un peu plus longuement toutefois que la première, sans doute pour exprimer tout ce qui ne pouvait pas être dit.

 

Par la suite, j’ai souvent pensé à Pierre et me suis demandée ce qu’il était devenu, il avait, je crois, cinquante deux ans quand nous avons dû quitter la société Mineral Oil Group. Cela fait donc plus de vingt ans que je n’ai plus revu Pierre et voici qu’il est décédé à présent.

 

J’en suis très attristée.

 

 

                                     Christie Jane (écrit en Mai 2015)

 

 

 

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commentaires

Isa 06/01/2017 13:56

Bravo Sister... toute ressemblance avec un personnage existant n'est pas à faire... ou bien ? Bises

Christie Jane 06/01/2017 15:59

Hello Sister, non, pas de personnage existant ! Juste un environnement un peu connu. Bises

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